Selon le Portail du temps quotidien de l'Université du Québec à Trois-Rivières, les pères québécois consacraient en moyenne 6,6 heures par semaine aux soins des enfants, comparativement à 7,1 heures pour les mères, en 2011.

Pour en finir avec le «père manquant»

Beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis la parution de «Père manquant, fils manqué», cet ouvrage coup-de-poing du regretté Guy Corneau, paru en 1995, qui présentait le père québécois comme le grand figurant de l'histoire de la famille québécoise, cet homme retiré, silencieux, malhabile et mal à l'aise avec ses enfants.
Aujourd'hui, la façon dont les hommes abordent l'expérience de la paternité est complètement différente. Les jeunes pères, particulièrement ceux issus de la génération Y, souhaitent, pour la très grande majorité, s'investir activement dans leur vie de papa. Parlez à la plupart d'entre eux. Ils vous raconteront avec émotion les premiers pas de leur garçon ou de leur fille, vous décriront comment ils sont attentifs au bon développement de leur enfant ou expliqueront avec malice les jeux qu'ils ont inventés pour divertir leurs petits. 
Les pères québécois sont, en effet, de plus en en plus présents auprès de leurs garçons et de leurs filles. Selon le Portail du temps quotidien de l'Université du Québec à Trois-Rivières, en 2011, ils consacraient en moyenne 6,6 heures par semaine aux soins de ceux-ci comparativement à 7,1 heures pour les mères. On doit noter également que, selon l'Institut de la statistique du Québec, près d'une famille monoparentale sur quatre est dirigée par un homme et que le pourcentage de gardes partagées est en hausse constante après une séparation conjugale.
Les pères québécois sont donc de plus en plus impliqués dans le quotidien de leurs enfants. Ils les connaissent mieux, changent leurs couches, les nourrissent, jouent avec eux et les accompagnent dans leurs besoins de tous les jours. Bien sûr, les mères ont souvent une plus grande charge parentale que les pères, mais cet écart tend à se réduire, et cela, pour le plus grand bénéfice des enfants, des mères, et des pères eux-mêmes. Il faut noter aussi que l'engagement des pères québécois se compare avantageusement à la moyenne de celui des pères des autres pays occidentaux.
Dans ce contexte, les pères québécois sont étonnés, par exemple, de découvrir que, dans la déclaration de naissance, au Québec, il y a la mère biologique et, il y a... l'autre parent! Ils ne comprennent pas que, dans le formulaire d'un programme de soutien aux familles en difficulté (SIPPE), ils ne puissent même pas y inscrire leur nom, même s'ils sont monoparentaux ou veufs. Ils ne comprennent pas davantage que lorsqu'on parle de conciliation famille-travail au Québec, on parle très peu des pères, comme si ce n'était qu'une affaire de mères! Il y a, bien sûr, le congé de paternité et le congé parental qui peut être partagé entre les parents, mais cette mesure qui vise spécifiquement les pères constitue l'exception plutôt que la règle.
Les pères québécois constatent donc qu'il y un écart entre leur engagement accru au sein des familles et la place qu'ils occupent effectivement dans nos services et dans nos politiques publiques. À l'occasion de la Semaine Québécoise des familles, le RVP invite la société québécoise à entendre le désir d'engagement des pères auprès de leurs enfants et à réfléchir collectivement aux meilleurs moyens d'adapter nos mesures de soutien à la famille pour y intégrer pleinement les papas.
Diane Dubeau et Raymond Villeneuve, présidente et directeur du Regroupement pour la Valorisation de la Paternité (RVP)