Pour en finir avec ces préjugés sur les fonctionnaires

POINT DE VUE / À l’émission La Joute du 3 mars, l’animateur Paul Laroque a demandé à quatre analystes politiques ce qu’ils pensaient des données transmises par l’Institut Fraser, selon lesquelles les employés du secteur public du Québec ont reçu en 2018 un salaire supérieur de 9,2 % à celui de travailleurs comparables du secteur privé, laissant supposer une iniquité salariale entre les deux groupes. 

Il n’en fallait pas plus pour que deux des analystes tirent à bout portant sur les fonctionnaires : «...­Pour travailler dans l’administration publique, ça prend un caractère particulier... quand tu choisis la fonction publique, tu choisis la stabilité, la sécurité, le confort, de bonnes conditions salariales... nos fonctionnaires sont bien traités... et même si t’es pas bon, tu gardes ta job... on est dans un pays libre, si tu n’es pas satisfait de travailler au public, va-t’en au privé... peu de gens vont pleurer sur votre situation... Autant d’arguments à l’usage des démagogues de tout acabit qui se défoulent sur les fonctionnaires.

Dans l’actuel contexte des négociations entre le gouvernement et les centrales syndicales, vivement les propos des deux autres analystes qui mettent en garde contre «les impressions subjectives» au profit d’une analyse plus nuancée de l’information tous azimuts. Par exemple, selon l’édition 2019 du rapport de l’Institut de la statistique du Québec, sur le plan de la rémunération globale, l’administration québécoise affiche un retard de 6,2 % par rapport à l’ensemble des autres salariés québécois, et sur le plan salarial, un retard de 13,2 %.

Cela étant, pour avoir œuvré 35 ans en gestion des ressources humaines au sein de la fonction publique du Québec, je peux affirmer que pour bon nombre de personnes, obtenir un emploi au gouvernement, ça signifie un travail relativement stable et bien payé avec de bons avantages sociaux. Dans cette perspective, elles doivent néanmoins réussir divers examens de recrutement, démontrer leur performance à l’égard des attentes qui leur sont signifiées, et se soumettre à l’évaluation périodique de leur rendement, aux fins de leur progression salariale.

Ces employés jouissent-ils pour autant de privilèges par rapport aux autres travailleurs au Québec? Par-delà les préjugés, force est d’admettre que non. Leur situation tend plutôt à s’aggraver avec le temps, d’où leurs revendications syndicales. Du même souffle, nombreux sont ces travailleurs qui se sentent toujours mal perçus dans leur environnement immédiat, au lieu de voir leurs efforts salués. Car la plupart se fendent en quatre pour s’adapter aux enjeux actuels de la fonction publique (pénurie de main-d’œuvre, préparation de la relève, adaptation technologique, innovation, etc.) afin que tous les citoyens soient bien servis au quotidien, que ce soit en matière de sécurité, d’immigration, de transport, d’emploi, de santé, d’éducation, d’économie, de justice, de famille, etc.

Nicole Lévesque est ex-directrice des ressources humaines de la fonction publique