Portrait(s) d'Uber à Los Angeles

D'habitude, quand je visite les grandes villes, je me déplace en transport en commun. J'ai donc connu le métro de Londres, où les ascenseurs nous amènent parfois 13 étages sous terre, ou encore les trains de la Suisse où l'on croise les citoyens qui s'en vont à la montagne pour la journée.
À Los Angeles, cependant, j'ai frappé un mur. La ville s'étale langoureusement sur plusieurs kilomètres, tellement qu'il est difficile d'avoir une carte donnant une vue d'ensemble. Les métros sont discrets, on les voit peu. J'ai eu recours au meilleur outil de planification de transport en commun que je connaisse, soit Google Maps. Les temps de déplacement affichés dépassaient souvent 1h30. Quand on doit aller sur trois sites différents dans une journée, c'est trop long. On se tourne alors vers l'option suivante : le taxi. Il faut ce qu'il faut. 
Le prix exorbitant de ce mode de transport à Los Angeles, qui découle de la distance et des embouteillages, l'humeur morose des chauffeurs et le pourboire à 15 %, minimum, nous ont poussés dans les bras d'Uber, que je ne connaissais que de nom. 
En cinq minutes, l'application et les coordonnées pour le paiement étaient installées. Ce fut alors le début d'une belle découverte  : prix abordables fixés d'avance, simplicité d'utilisation, attente de moins de 10 minutes, disponibilité même dans les coins plus tranquilles, et des gens de bonne humeur à qui l'on donne un pourboire avec plaisir.
Mais qui sont les humains d'Uber à Los Angeles? 
Plus d'une vingtaine de transports plus tard, je dirais qu'il s'agit principalement d'hommes, de tout âge et nés à l'extérieur des États-Unis. Certains le font à temps plein et disent faire un revenu de 1500 $ par semaine. D'autres le font à temps partiel, pour le revenu d'appoint ou le plaisir de rencontrer des gens. À quelques reprises, les chauffeurs étaient des gens de passage. Comme tout fonctionne par GPS, la méconnaissance de la ville n'est pas un handicap. D'ailleurs, plusieurs chauffeurs Uber qui résident à Los Angeles semblaient bien peu connaitre leur ville lorsque questionnés sur les endroits à découvrir. 
Parmi nos hôtes Uber, il y a eu Mohammed, un homme dans la trentaine. À sa façon de prononcer Montréal, j'ai compris qu'il parlait français. Le reste de l'échange s'est déroulé dans cette langue. Né au Sénégal, il effectue des allers-retours entre Los Angeles et Dakar, où il fait des affaires et fournit du travail à sa famille restée au pays. 
Il y a eu un Cubain dans la quarantaine, qui se plaignait de devoir sans cesse payer des factures et travailler. Il nous a par contre dit qu'il avait épargné 20 000 $ en un an (c'est Pierre-Yves McSween qui serait fier!). Très gentil, il cherchait à trouver de la musique en français, car il avait remarqué notre accent. 
Nous avons aussi rencontré un Arménien qui avait vécu 10 ans au Canada. Ayant fait des études en ingénierie à McGill, il nous a parlé du Montréal de ses souvenirs, et principalement des restaurants dont il s'ennuyait. 
Un chauffeur né au Mexique, quant à lui, a parlé de ses enfants qui devaient mettre toute leur énergie sur leurs études dans l'espoir d'obtenir des bourses au mérite pour payer l'université.
Sur notre route, il y a eu un consultant en sports - particulièrement en baseball -, un ancien propriétaire de limousines qui testait des applications informatiques liées au déplacement, plusieurs amoureux de voyages, un homme zen qui souhaitait offrir un moment de relaxation à ses passagers, un jeune qui enseignait à un autiste la signification des expressions du visage, et même un homme qui poussait l'hospitalité jusqu'à nous prêter sa maison au Maroc.
Bref, sortir avec Uber permet de capter au vol des petits bouts d'histoires humaines assez diversifiées. 
Ayant eu beaucoup de plaisir à m'évader à Los Angeles avec Uber, j'espère que les recettes engendrées par mes déplacements n'auront pas donné lieu à trop d'évasion fiscale parce que c'est un service formidable pour une ville de cette taille. 
Hélène Dauphinais, Sherbrooke