Les auteurs se questionnent à savoir comment faire pour mieux adapter nos politiques publiques aux réalités des familles d'aujourd'hui.

Plus de place aux familles

Le Québec est sans contredit l'une des sociétés occidentales les plus avant-gardistes en matière de politiques publiques favorables aux familles. À lui seul, notre modèle de centres de la petite enfance fait l'envie de plusieurs nations dans le monde. Les familles québécoises bénéficient de congés parentaux, de mesures fiscales avantageuses et de tout un réseau de soutien local à travers les services de leur municipalité et des nombreux organismes qui oeuvrent à l'amélioration des conditions de vie des familles, particulièrement pour les plus démunies d'entre elles.
Cette image d'un Québec très généreux envers les familles contraste toutefois avec une autre facette de la réalité, celle où elles se disent épuisées et sous pression, particulièrement lorsqu'elles ont de jeunes enfants. L'étude Pespectives parents de l'ISQ réalisée en partenariat avec Avenir d'enfants parents révélait en mai dernier que 58 % des parents d'enfants de 0 à 5 ans avaient l'impression de courir toute la journée et que 35 % se sentaient littéralement épuisés à l'heure du souper.
Comment faire pour mieux adapter nos politiques publiques aux réalités des familles d'aujourd'hui? D'abord, en les écoutant. Curieusement, malgré l'importance sociale et économique de leur rôle, les familles sont souvent absentes des débats. On s'adresse à toutes sortes de «clientèles» - les enfants, les mères, les travailleurs, les aînés - mais on oublie souvent que les familles ont des besoins qui leur sont propres, qui dépassent la simple addition de ceux des individus qui les composent. 
Autrement dit, serons-nous vraiment en mesure d'améliorer la conciliation famille-travail si la discussion se fait uniquement sur la base de la relation employeur-employé? Saurons-nous intégrer une meilleure protection des familles dans la refonte de la Loi sur les normes du travail si le débat interpelle uniquement les lobbys patronaux et syndicaux? Pourrons-nous réformer efficacement les services éducatifs et scolaires sans faire une plus grande place aux familles dans l'organisation des services? Comment assurerons-nous une participation plus égalitaire des hommes et des femmes sachant que nos politiques familiales prévoient des mesures spécifiques pour les mères mais très peu de mesures visant les pères? Comment améliorerons-nous le soutien aux aînés et aux proches aidants sans tenir compte des familles qui les entourent?
Voici autant d'enjeux pour les familles qui illustrent la nécessité qu'elles bénéficient d'une voix plus forte dans les débats publics.
En 1993, l'Assemblée générale de l'ONU a proclamé le 15 mai Journée internationale des familles. À cette occasion et pendant toute la Semaine québécoise des familles (du 15 au 21 mai), le Réseau pour un Québec Famille tiendra une série d'événements, à Montréal et dans toutes les régions du Québec, où les familles prendront la parole. Nous souhaitons provoquer un grand mouvement de discussion sur les enjeux qui touchent les familles, pour réfléchir aux meilleures façons de soutenir les familles à travers nos politiques publiques. 
L'automne 2017 sera marqué par des élections dans les villes québécoises. L'année suivante viendront les élections provinciales. Nous risquons une prédiction : les familles seront sur toutes les lèvres et tous les candidats voudront se positionner comme les champions des familles. Ce sera le temps de leur demander s'ils ont pris le temps de les écouter et s'ils comprennent leur réalité. 
Raymond Villeneuve et Marie Rhéaume, Président et directrice générale du Réseau pour un Québec Famille