Planifier ses médicaments en voyage

POINT DE VUE / Une élection fédérale aura lieu fin octobre, au moment où beaucoup de personnes planifieront leurs vacances pour l’hiver. Cependant, un grand nombre de ces «touristes hivernants» pourraient bientôt se retrouver soudainement cloués au sol.

Chaque automne, quelques patients me consultent pour faire ajuster leur médication. Souvent, au moment où je m’apprête à augmenter une dose ou à ajouter un nouveau médicament pour améliorer la maîtrise du diabète, de l’hypertension, etc., les patients mentionnent qu’ils comptent partir pour la Floride, faire une croisière ou se rendre à l’étranger dans quelques mois.

Je suis pleinement conscient que même une modification de la dose des médicaments peut rendre invalide une assurance voyage privée et le passage à un «cousin proche» de la même famille de médicament aurait sans aucun doute le même effet. Je conseille habituellement simplement aux patients de respecter plus strictement leurs restrictions alimentaires jusqu’à leur retour au Canada. Mais maintenant, une plus grande catégorie de patients, dont la médication est stable depuis plusieurs années, risque de perdre ses assurances.

Depuis plusieurs mois, des médicaments bien établis tombent soudainement en «rupture de stock» pour une période indéterminée. Parmi ceux-ci, on compte des médicaments utilisés dans les traitements anticancéreux et plusieurs médicaments pour le traitement de l’hypertension, de l’insuffisance cardiaque, du diabète, des brûlures d’estomac et des convulsions. Cet état de fait est-il dû à une augmentation de la demande mondiale, à un manque de principes actifs, à des problèmes de contamination, à de quelconques problèmes de fabrication ou simplement à une décision d’arrêter la production d’un médicament qui n’est pas rentable? Personne ne semble vouloir répondre à cette question. Santé Canada signale présentement 1848 pénuries de médicaments et 65 pénuries prévues.

Un substitut de médicament peut être de la même famille et tout de même avoir des effets secondaires complètement différents et une efficacité réduite. Un changement forcé des médicaments trois mois avant un voyage peut avoir des conséquences économiques désastreuses s’il rend le patient « instable » aux yeux des compagnies d’assurance. Le gouvernement de Doug Ford prévoit annuler la couverture santé des patients à l’étranger à partir du 1er janvier, sauf pour les patients en dialyse rénale. Les patients sont incités à tout simplement acheter une assurance voyage privée. Mais cela deviendra de plus en plus difficile pour plusieurs.

Jusqu’à ce que la couverture soit annulée, l’Ontario paye 200 $ par jour pour les soins en USI et ce montant peut monter jusqu’à 400 $ par jour. C’est tout de même plus généreux que dans bien des provinces.

Comparativement, pour quelqu’un en visite provenant d’une autre province ou d’un territoire, un hôpital communautaire d’Ottawa reçoit 1010 $ pour une chambre standard et l’hôpital d’Ottawa reçoit 1958 $.

On mentionne dans le rapport annuel de 2017-2018 de la Loi canadienne sur la santé que : «Si les assurés séjournent hors du pays, les services assurés doivent être payés au tarif de la province de résidence.»

Notons que, enfoui dans le rapport, se trouve cette phrase, exacte : «De plus, exception faite de l’Île-du-Prince-Édouard et des trois territoires, les tarifs journaliers fixés pour les services fournis à l’étranger semblent inférieurs à ceux établis pour ces services lorsqu’ils sont fournis dans la province d’origine, ce qui est pourtant une exigence du critère de transférabilité de la LCS. » Malheureusement, bien que les pénalités financières en cas de violation de type surfacturation et frais d’utilisateur soient « obligatoires », celles des autres violations, comme celles de transférabilité, ne sont que « discrétionnaires ». Nous trouvons aussi dans le rapport : « Les dispositions de la Loi concernant les pénalités discrétionnaires n’ont pas été appliquées jusqu’à présent. »

Les Québécois et les autres Canadiens, mais plus particulièrement ceux qui comptent quitter le pays pour des voyages d’affaires ou de vacances, devraient exiger que la ministre de la Santé fédérale enquête sur la cause de la pénurie grandissante de médicaments et qu’elle y trouve une solution. Après plusieurs années d’inaction fédérale, elle devrait s’assurer une bonne fois pour toutes que tous les Canadiens bénéficient de l’entièreté de leur couverture de santé à l’étranger comme le prescrit la Loi canadienne sur la santé. Il est probable que cela provoque une demande d’augmentation des paiements de transferts fédéraux dans le domaine de la santé de la part des provinces. C’est pourquoi, la prochaine fois que les ministres de la Santé fédéral, provinciaux et territoriaux se réuniront, la mise à jour et la modification de la LCS devraient être à l’ordre du jour dans le but de rendre la prestation des soins de santé plus durable sur le plan financier.

Entretemps, ces éléments devraient constituer des enjeux de la prochaine élection fédérale.

Le Dr Charles S. Shaver est natif de Montréal. Il était anciennement président de la section de médecine interne générale de l’Association médicale de l’Ontario. Les opinions exprimées dans le présent article sont les siennes.