Plaidoyer pour les personnes âgées

À maintes reprises, nous avons entendu parler dans les médias d’améliorer les conditions de travail des préposés aux bénéficiaires. Aujourd’hui encore on entend : «Nous allons offrir des conditions salariales différentes aux préposés aux bénéficiaires et changer la culture organisationnelle des CHSLD».

Et cela de Philippe Couillard à François Legault, en passant par Danielle McCann et Marguerite Blais. Qu’est-ce qui se passe? Qu’est-ce qui fait qu’on attend? On parle encore d’évaluation. Et pourtant, les évaluations dans les CHSLD ne sont pas d’aujourd’hui.

Je fais partie d’un comité de résidents et nous déplorons les salaires actuels des préposés et la culture organisationnelle avec laquelle ils doivent composer et avec laquelle «nous» devons composer comme «répondant d’un résident». Comme «comité de résidents», nous travaillons très fort auprès de notre CISSS pour obtenir des changements.

La situation actuelle (sous-effectifs et instabilité de personnel) est très stressante pour les résidents. Je pense que comme société nous n’avons pas le droit de faire vivre cela à des personnes âgées et vulnérables. Je suis aussi à même de constater que les préposés méritent un salaire beaucoup plus honorable et de meilleures conditions de travail.

Je veux témoigner ici d’un fait. Quand mon frère est entré au CHSLD, en 2015, lui qui faisait un début d’Alzheimer n’arrêtait pas de dire «Ça court ici!» On ne l’entend plus dire cela. S’est-il habitué? Peut-être. Il n’avait pas le choix. On sait que la maladie d’Alzheimer empêche les mots de sortir du cerveau, de comprendre le sens des mots, mais elle n’empêche pas de ressentir les émotions. J’ajoute ici un autre fait. Mon frère qui, après une forte période de roulement de personnel, dit sur ton soulagé : «Ah! Là, c’est toute du monde qu’on connaît!»

Quand diminuera-t-on les ratios pour que les préposés puissent avoir le temps de demeurer centrés sur les besoins particuliers des résidents plutôt que sur les contraintes organisationnelles? Pour que les préposés demandés en remplacement aient le temps de faire connaissance avec les patients par la lecture complète de leur dossier avant de leur administrer les soins? Pour qu’enfin la stabilité et la sécurité s’installent sept jours sur sept dans les CHSLD?

SVP, qu’on ne me serve pas : «Mais, nous sommes en pénurie de personnel» Ma réponse sera : «Si les conditions salariales et les conditions de travail de nos préposés ne changent pas, cela ne servira à rien de durable de rechercher du personnel.» Au Québec, il y a plein d’autres secteurs prêts à accueillir des travailleurs et à leur offrir des salaires et des conditions de travail respectables. Il me semble que nos gouvernements devraient être des chefs de file à ce niveau.

À quand une véritable négociation entre le syndicat des préposés et le gouvernement? Peut-on y croire encore? Quand passera-t-on de la parole aux actes?

Rolande Côté, répondante pour un résident en CHSLD, Saint-Henri de Lévis