L’auteur de ces lignes déplore le remplacement la maison Rodolphe-Audette et la transformation de son site historique par deux «blocs» de six logements, dont l’architecture sera assurément banale et sans aucune mesure avec l’œuvre architecturale actuelle.

Plaidoyer pour la maison Rodolphe-Audette

En réaction au texte «La maison Rodolphe-Audette sera démolie» de la journaliste Patricia Cloutier, paru le 25 juillet

La Ville de Lévis a pris la décision apparemment finale de procéder prochainement à la démolition Maison Rodolphe-Audette, une maison centenaire du Vieux-Lévis, qu’on y dit «avoir une vue imprenable sur le fleuve St-Laurent».

En tant que citoyen de la magnifique Ville de Québec, et en tant qu’architecte œuvrant depuis 1978 en pratique privée, ayant participé et contribué, dans le cadre de ma pratique professionnelle, à la préservation et la restauration de nombreuses œuvres architecturales historiques et patrimoniales, tels l’Hôtel du Parlement de Québec, l’Édifice de l’Est du Parlement d’Ottawa, le Château Frontenac, ainsi que de multiples autres bâtiments historiques, je suis vraiment déçu et attristé par cette décision prise par la Ville de Lévis.

Après les efforts soutenus de l’architecte bien connue Phyllis Lambert, qui a fait un travail fantastique et colossal pour réussir à préserver le patrimoine historique et moderne de la Ville de Montréal, certaines administrations municipales, comme Lévis, continuent à prendre des décisions qui nous ramènent aux années 70 et d’avant, celles des périodes de développement prétendument «d’avant-garde», mais résultant plutôt en une dégradation architecturale et urbanistique. 

On n’a qu’à penser au Mail couvert de la rue Saint-Joseph dans Saint-Roch, à la transformation de la magnifique rivière Saint-Charles en «égout à ciel ouvert», enfermée entre deux murs de béton, au projet avorté de la «Grande Place» de Laurent Gagnon.

Je connais depuis ma prime jeunesse le «Vieux-Lévis», où mon père, l’architecte Louis Carrier, ainsi que sa sœur, ma tante et artiste-peintre Louise Carrier sont nés et ont vécu. Nous y allions tous les dimanches, sauf à l’adolescence, où les amis deviennent plus n’importants que la famille. J’ai même eu la chance d’habiter quelques années au rez-de-chaussée de cette maison avec ma conjointe, profitant ainsi d’un «paysage inspirant architectural gratuit», moi qui était alors étudiant en architecture à l’université Laval.

Une maison et un lieu inspirants de Lévis portent d’ailleurs le nom de cette tante, la Maison Louise-Carrier, dédiée à l’art, côtoyant l’Anglicane, œuvre architecturale du regretté Dan Hanganu, qui elle heureusement, n’a pas été démolie.

Mes grands-parents demeuraient au 1 rue Saint-Jean, près de «L’escalier rouge», menant à la traverse de Lévis. On y avait là aussi une «vue imprenable» sur le fleuve et la Ville de Québec. La maison est restaurée, préservée, et c’est aujourd’hui un Bed & Breakfast ou Couette et Café (c’est selon...) et c’est très bien ainsi.

Surprise

J’ai été très surpris d’apprendre que la Ville de Lévis avait confié à une firme d’experts-conseils en Génie, en l’occurrence la firme Génie + de Lévis, la tâche d’évaluer l’état de dégradation de la Maison Rodolphe-Audette. Cette firme possède-t-elle une expertise pertinente dans le cadre de l’évaluation de bâtiments patrimoniaux et historiques?

Il me serait apparu beaucoup plus approprié et responsable de confier ce mandat d’évaluation d’un bâtiment patrimonial à un architecte, membre de l’Ordre des architectes du Québec, ayant une expertise pertinente et reconnue dans la remise en état de bâtiments patrimoniaux. L’architecte possède les meilleures connaissances de l’enveloppe des bâtiments, a une vision plus globale et plus large des bâtiments, surtout s’ils présentent des caractéristiques architecturales particulièrement remarquables, comme la Maison Rodolphe-Audette.

Enfin je ne peux que déplorer le remplacement de cette maison et la transformation de son site historique par deux «blocs» de six logements, dont l’architecture sera, tout en étant sans nul doute conforme aux règlements d’urbanisme et aux normes de la Ville de Lévis, assurément banale et sans aucune mesure, avec l’œuvre architecturale actuelle, dont les qualités, qui devraient être conservées pour la postérité et la mise en valeur du Vieux-Lévis, se situent loin au-dessus de l’apparente nécessité, prônée par la Ville de Lévis, de l’amélioration des Finances de la Ville de Lévis, par une augmentation des revenus de taxation.

Cela apparaît de plus en plus typique du maire Gilles Lehouiller de manquer de vision et d’envergure, que ce soit pour un projet de transport en commun d’avenir, en privilégiant l’automobile (afin probablement d’assurer son maintien au pouvoir?), ou pour changer de décision aussi souvent et dans ce cas-ci aussi malhabilement, concernant l’avenir de la Maison Rodolphe-Audette.

Antoine Carrier, architecte (et amoureux des belles choses), Québec