Photos explicites: méfions-nous de la banalisation

Ce qui se passe au Séminaire des Pères Maristes, à Québec, est un exemple de ce que nous cherchons à éviter par nos interventions, nos formations et conférences. À chaque fois, le message est le même : portez une très grande attention aux victimes et aux témoins.

Aujourd’hui, trois familles d’adolescentes dont les photos explicites ont été partagées à l’école dénoncent la gestion de crise des autorités du Séminaire. Les garçons fautifs, d’abord suspendus puis scolarisés séparément des autres élèves, seront réintégrés dès la rentrée, en août.

Puisqu’une enquête pour possession et distribution de pornographie juvénile est toujours en cours, il aurait été normal et souhaitable que la réintégration soit écartée afin de faire le bon choix définitif, en bout de piste.

Le signal que cette décision envoie est terrible. D’une part, cela banalise les difficultés vécues par les victimes et décourage les familles qui ont cherché à les protéger. Que penseront ces filles, dans les circonstances? Que leur témoignage n’a pas de poids, que les risques d’intimidation et les malaises qu’elles vivront n’ont pas la même valeur aux yeux des autorités que la poursuite normale des études des auteurs qu’elles croiseront, incidemment, dans les corridors de l’école. L’impression sera la même chez les témoins et collègues de classe de ces jeunes filles : à quoi bon dénoncer?

Il faut savoir que la banalisation est insidieuse et extrêmement dangereuse : sous prétexte de calmer le jeu, on crée en revanche un effet domino funeste sur l’ensemble. Au lieu d’inciter les jeunes à parler, à s’ouvrir, à communiquer leurs problèmes, au lieu de témoigner concrètement l’importance que ce qu’ils vivent peut avoir pour les autorités, on fait comprendre à tous que le plus important est de retrouver le calme, quoi qu’il en coûte. Si la préservation de l’image de l’institution était visée par la direction, le message de banalisation que sa gestion de crise envoie n’est pas de nature à améliorer les choses. Surtout sachant que certaines ont déjà décidé de quitter cette école.

Dans la gestion de crise, il faut certes venir en aide à chacun des acteurs : victimes, témoins et auteurs, afin de comprendre et éviter que les choses ne se répètent à l’avenir. Nous avons rencontré les familles des victimes et il faut partir des faits : qu’il y ait des accusations portées ou non, les photos ont bel et bien circulé. Qu’il y ait des accusations portées ou non, les conséquences pour les victimes sont les mêmes. Ce sont à ces dernières qu’il faut penser, en priorité. Il faut envoyer un message pour l’avenir, de même qu’auprès des victimes que l’on ne connaît pas encore. Qui sait s’il y en a d’autres? Oseront-elles, si c’est le cas, sortir de l’ombre?

La gestion de crise, ce qu’elle prépare, c’est la prochaine. Encore faut-il ne pas avoir semé ce qui rendra la crise encore bien pire.

Cathy Tétreault, directrice générale, Centre Cyber-aide