Selon les auteurs de cette lettre d’opinion, il faut des modèles d’accompagnement et des outils efficaces pour élever la qualité éducative des services à la petite enfance. Trouver les leviers du développement professionnel et les conditions pour transformer les pratiques, c’est tenir compte des intervenants, partir d’eux, faire avec eux et non à leur place.

Petite enfance: adapter l'accompagnement à chaque milieu

Le dossier publié cette semaine par l’Observatoire des tout-petits rappelle toute l’importance de veiller à la qualité des services à la petite enfance. Notre organisme, le Centre d’aide et de soutien aux intervenants et organismes en petite enfance (CASIOPE), ne peut que saluer la réalisation de cet état de situation, qui reconnaît la formation initiale et continue des éducatrices comme un levier à l’amélioration de la qualité des milieux.

CASIOPE est un OBNL qui est dédié, depuis 10 ans, à la formation continue et à l’accompagnement des intervenants en petite enfance. Selon nous, soutenir ceux qui sont dans le cercle rapproché de l’enfant, c’est donner à ce dernier les meilleures conditions pour grandir.

À ce titre, le dossier de l’Observatoire révèle que des enjeux de qualité affectent tous les types de milieux de garde éducatifs. CASIOPE appuie les orientations du ministre de la Famille, annoncées dans la stratégie pour les 0-8 ans, qui proposent des mesures d’évaluation de la qualité éducative pour chaque milieu. Prioriser la qualité éducative et s’en assurer, c’est donner le droit à chaque enfant de se développer dans un milieu de qualité. Cependant, si ces mesures d’évaluation ne sont pas accrochées à un soutien adapté à chaque milieu, c’est comme donner un coup d’épée dans l’eau.

Cet accompagnement doit se baser sur des façons de faire qui sont reconnues comme étant efficaces. Sachant que la qualité des milieux passe en priorité par la qualité des interactions entre l’adulte et l’enfant, c’est spécifiquement ce qui doit être soutenu. Il faut réfléchir autant le processus d’évaluation que d’accompagnement du développement de bonnes pratiques.

Du même souffle, nous espérons que le ministre de la Famille ait à cœur l’arrimage de ses mesures aux expertises déjà en place. Nous saluons l’orientation du ministre de donner des lignes directrices de qualité sur la nécessité pour chaque milieu de suivre le développement de l’enfant, de suivre ses petits pas à lui, pour adapter le soutien en fonction de ses besoins de développement.

Lorsqu’il est question de la mise en place d’un dossier standardisé pour chaque enfant, le terme «standardisé» nous préoccupe, puisqu’il donne l’impression qu’un outil sera imposé à tous. CASIOPE souhaite que soient reconnus l’expertise déjà en place, les outils de suivi de l’enfant et ceux de soutien à la transition scolaire, qui sont éprouvés sur les plans théorique et pratique. Il y a quelque chose de délicat dans le principe de «dossier de l’enfant» en petite enfance. Comment décrit-on l’enfant? À qui sont partagées ces informations? Dans quel but? Ce sont des enjeux qui ont été réfléchis sur le terrain. S’arrimer, c’est considérer cette expertise-là, les outils et démarches pédagogiques déjà implantées dans les milieux qui rejoignent les bonnes pratiques. Celles-ci devraient être soutenues.

Pour élever la qualité éducative, cela prend des modèles d’accompagnement et des outils qui sont reconnus et efficaces. Trouver les leviers du développement professionnel et les conditions pour transformer nos pratiques, c’est tenir compte des intervenants, partir d’eux, faire avec eux et non à leur place. Évitons le mur-à-mur de modalités et d’outils qui ne tiendraient pas compte des réalités du terrain.

Loriana Giuliani et Karine Busilacchi, Cofondatrices du Centre d’aide et de soutien aux intervenants et organismes en petite enfance (CASIOPE)