Selon l'auteur de cette lettre d'opinion, la ville appartient aux automobilistes. Pour le piéton, c’est la jungle. C’est la loi du plus gros et du plus fort.

Petit manifeste d’un piéton téméraire!

Je suis un piéton de ville qui aime marcher comme bon lui semble, là où il le veut et comme cela lui plaît. Que ce soit sur les trottoirs à sa disposition ou dans les rues à traverser, en usant bien entendu d’une notion de sécurité essentielle au bon déroulement de cette activité toute simple, si naturelle, voire inoffensive.

Je marche en ville en misant sur ma bonne fortune! Car j’y déambule continuellement en mode danger. Vulnérable, je ne suis plus vraiment chez moi en ville. C’est que l’automobile y règne de façon majeure. Je suis un piéton citadin téméraire!

Et il ne faut pas perdre de vue que plusieurs automobilistes sont aussi des piétons à leurs heures et qu’ils sont en mesure de constater de visu, plus que quiconque, de la problématique du partage auto-piéton en ville. Donc, les piétons ne sont pas que des va-nu-pieds, comme on aime trop souvent les cataloguer.

On est en 2019, je sais bien, et la belle époque des piétons à l’abri de tout danger et sifflotant à leur aise est bel et bien révolue. Ok, d’accord!

Ainsi donc la ville appartient aux automobilistes. Qu’on soit à Mont­réal, Québec, Saguenay ou même dans une petite ville comme La Malbaie, la ville vibre et se fait servile d’abord pour les utilisateurs de véhicules à quatre roues. C’est la règle! Pour le piéton, c’est la jungle. C’est la loi du plus gros et du plus fort.

Malheureusement, il y en a plus qu’il n’en faut de ces chauffeurs impatients qui tiennent leur volant comme on tient une arme à feu. Ce n’est pas la majorité, on s’entend! Mais il suffit justement d’une petite minorité pour tuer son prochain au détour d’une rue.

Le bilan 2016 de la SAAQ a été éloquent en ce sens. Il y a eu moins d’accidents qu’en 2015 causant la mort à des automobilistes, mais plus de piétons qui ont été tués par eux.

Et juste dans les trois premiers mois de 2017, il ne s’est pas passé une semaine sans que nous apprenions que des piétons et des piétonnes ont été happés. Et aujourd’hui, en 2019, rien ne semble vouloir s’améliorer sur le plan des statistiques.

Pour régler le problème, devrait-on interdire aux piétons de traverser les rues? Tiens donc, j’entends, semble-t-il, quelques automobilistes trépigner de joie à cette seule idée.

Il apparaît évident à mes yeux que la sécurité des piétons au Québec est un enjeu prioritaire et que la protection des usagers de la route les plus vulnérables doit être collectivement prise en charge. Voilà un défi de taille pour les prochaines années.

Yvan Giguère, Saguenay