Il y a urgence de commencer par investir sur les besoins de main-d’œuvre, par régions et secteurs d’activité reconnus, où la pénurie est la plus criante , dont, par exemple, le secteur de la construction.

Pénurie de main-d’œuvre: des solutions existent

En complément au point de vue de Alain Aubut «La pénurie de main-d’œuvre et l’immigration» du 8 janvier

D’après Alain Aubut, l’immigration ne serait pas la meilleure solution pour contrer la pénurie de main-d’œuvre, en raison des coûts et des délais, et ce, sans garantie de répondre aux besoins quantitatifs et qualitatifs. 

Même son de cloche du côté de Pierre Fortin, économiste et professeur émérite de l’Université du Québec à Montréal selon qui : «L’immigration c’est important comme moyen d’appoint. Ce n’est pas la seule solution».

Entre autres, vous invitez les petites et moyennes entreprises du Québec à miser, notamment, sur la gestion des ressources technologiques (transformation numérique, intelligence artificielle, robotique, etc.). Je partage votre point de vue à quelques choses près.

Certes, l’immigration peut s’avérer une solution, bien que tangible qu’à long terme et forcément coûteuse. Toutefois, n’en est-il pas de même du processus d’automatisation des tâches en devenir via la gestion des technologies émergentes que vous préconisez?

En complément à votre prémisse, j’ajouterai l’urgence de commencer par investir sur les besoins de main-d’œuvre, par régions et secteurs d’activité reconnus, où la pénurie de main-d’œuvre est la plus criante : la construction (électriciens, charpentiers et soudeurs), les transports (camionneurs), le secteur manufacturier (soudeurs, machinistes, métallurgistes, opérateurs), les TI, les soins infirmiers, l’agriculture, la photonique (techniciens et ingénieurs d’application) et la restauration.

Force est de constater qu’il s’agit d’emplois qui demandent certaines qualifications ou une formation interne, et pas nécessairement des études très poussées, ni à la fine pointe technologique.

Or, parmi les autres solutions concrètes, globales et durables à la pénurie de personnel dans les secteurs concernés, une gestion ciblée des ressources humaines demeure un incontournable. Cela implique l’apport de tout un chacun : les citoyens, les employés, les écoles, les employeurs, les gens d’affaires, les organisations publiques, les différents paliers gouvernementaux, etc.). Des solutions innovantes, des idées et des moyens concertés peuvent d’ores et déjà être mis de l’avant pour ralentir la crise et ses conséquences : valoriser auprès de la main-d’œuvre non qualifiée, voire même des jeunes, les métiers en pénurie, favoriser le maintien en emploi des travailleurs âgés en ajustant leur milieu de travail selon leurs besoins, encourager le retour en emploi de retraités moyennant entre autres, l’allègement de leur taux d’imposition sur le revenu, investir dans la formation en fonction des besoins précis des milieux de travail, investir dans la modernisation des emplois et des lieux de travail, arrimer les programmes d’éducation scolaire aux besoins du marché du travail, favoriser l’entrée sur le marché du travail de certaines catégories de personnes (assistés sociaux disposés à être formés et à travailler, personnes à mobilité réduite, etc.), bonifier les conditions de travail qui favorisent la rétention, décloisonner le travail en partageant les employés entre entreprises, etc.

La pénurie de main-d’œuvre est un problème trop important pour improviser. Des solutions existent!

Nicole Lévesque, ex-directrice des ressources humaines, Cap-Rouge