«La Maison Pollack est en bonne voie de tomber en poussière après des années de négligence, malgré plusieurs signalements», écrit Claude-Elizabeth Bouchard.
«La Maison Pollack est en bonne voie de tomber en poussière après des années de négligence, malgré plusieurs signalements», écrit Claude-Elizabeth Bouchard.

Patrimoine: les fantômes s’accumulent

Claude-Elizabeth Bouchard
Claude-Elizabeth Bouchard
Québec
POINT DE VUE / L’église Saint-Cœur-de-Marie n’a pas été protégée. Malgré sa valeur patrimoniale certaine et la singulière beauté de son architecture néo-byzantine. Malgré son emplacement aux portes de la vieille ville. Et malgré l’indignation des citoyens. À quelques coins de rue de là, la Maison Pollack est en bonne voie de tomber en poussière après des années de négligence, malgré plusieurs signalements. Malgré les nombreuses demandes de protection. Et malgré l’indignation des citoyens.

Alors, comment penser que la Ville aura la moindre pitié pour les quartiers anciens de Québec, de Sillery, de Beauport, dont les maisons construites au début du siècle dernier, aux grands terrains habités d’arbres centenaires, perdent les unes après les autres leur propriétaire retraité ou décédé?

Les promoteurs à l’affut sont inventifs, ici on érige une maison mammouth, là un immeuble en copropriété et plus loin une tour d’habitation, bâtie sur un socle de commerces. On promet de planter deux ou trois arbres qu’on dessine bien hauts et bien verts sur les plans. Au nom de la densification urbaine, sa nouvelle religion, la Ville se fait complaisante, octroie des permis de démolition et de construction sans rapport avec l’environnement bâti et des permis d’abattage d’arbres matures sains qui prendront des décennies à être remplacés par des chicots pris dans le ciment, qui peineront à grandir sous les lumières de rue, les pieds dans les sels de déglaçage.

En même temps que la disparition des plus belles maisons de nos quartiers, tout un patrimoine végétal est sacrifié du revers de la main.

Ce qui se passe à Sillery en ce moment, et que le journaliste Baptiste Ricard-Châtelain portait à notre attention le 12 novembre dernier, se passe aussi chez moi, sur le boulevard des Chutes à Beauport. La maison familiale que j’ai reprise au décès de mes parents est maintenant cernée par les condos à l’arrière et à l’avant.

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Récemment, la maison voisine a été achetée par un promoteur. Craignant le pire pour les arbres bornant nos deux terrains, j’ai alerté les responsables de la Ville. Seul le président de mon arrondissement, qui est dans l’opposition, a eu la courtoisie de me rencontrer, mais ses pouvoirs sont malheureusement limités. Informés de mes inquiétudes, les responsables de l’arrondissement de Beauport à la ville de Québec m’ont assurée par courriel qu’ils veilleraient à faire appliquer les règlements.

Fort bien. Mais la question reste entière: comment empêcher les promoteurs de hacher menu ce qui fait la beauté, l’équilibre et la particularité de nos quartiers lorsque les règlements sont laxistes et que le désir des élus n’y est pas?