Pour réduire d’un coup le tiers de la liste d’attente et ainsi répondre aux besoins prioritaires des 200 000 patients orphelins à risque, chaque médecin devrait prendre 20 patients additionnels, écrit Daniel Poirier.
Pour réduire d’un coup le tiers de la liste d’attente et ainsi répondre aux besoins prioritaires des 200 000 patients orphelins à risque, chaque médecin devrait prendre 20 patients additionnels, écrit Daniel Poirier.

Patients orphelins: inquiétant et inacceptable

En réaction à l’article d’Élisabeth Fleury «4000 patients orphelins de plus à Québec» paru le 6 février

Les récents articles de la journaliste Élisabeth Fleury sur les patients orphelins dans la région de la Capitale-Nationale décrivent une situation à la fois inquiétante et inacceptable.

Dans l’ensemble du Québec, la situation s’est également dégradée. Entre janvier 2018 et janvier 2020, même si le nombre de personnes inscrites auprès d’un médecin de famille a augmenté de 506 587, le nombre de personnes en attente d’être prises en charge (patients orphelins) n’a pas diminué, il a plutôt augmenté de 185 051. Comment se fait-il que les médecins de famille n’arrivent pas à mieux répondre aux demandes des citoyens?

La réalité est complexe. Les 10 000 médecins de famille en exercice au Québec peuvent décider en tout temps de diminuer ou d’augmenter le nombre de patients qu’ils prennent en charge et plusieurs le font. Pour simplifier l’analyse, retenons l’hypothèse que l’effet de ces fluctuations est neutre, les diminutions seraient équivalentes aux augmentations et, portons notre attention sur les médecins qui quittent la profession et sur ceux et celles qui débutent leur pratique.

Chaque année, environ 200 médecins de famille prennent leur retraite, sachant qu’ils avaient à leur charge entre 1200 et 1400 patients en moyenne, ce phénomène naturel et prévisible laisserait orphelins entre 240 000 et 280 000 patients dont le tiers aurait des besoins pressants de services médicaux de base. Cette réalité est lourde de conséquences et elle a été décrite avec justesse par la journaliste du Soleil.

Pendant ce temps, environ 400 médecins de famille commencent leur pratique et prennent en charge entre 250 et 300 patients en moyenne ce qui est normal en début de carrière. Cela correspond à la prise en charge de 100 000 à 120 000 patients. L’ajout de nouveaux médecins, à lui seul, n’est donc pas en mesure de compenser totalement le vide laissé par le départ à la retraite des médecins créant ainsi un déficit annuel de prise en charge très important.

Le problème des patients orphelins est loin d’être insurmontable lorsqu’on chiffre la contribution additionnelle requise des médecins pour l’atténuer.

En effet, pour stabiliser à 600 000 le nombre total de patients orphelins, il faudrait que chacun des 10 000 médecins de famille exerçant au Québec prenne en charge 10 patients de plus par année. Pour réduire d’un coup le tiers de la liste d’attente et ainsi répondre aux besoins prioritaires des 200 000 patients orphelins à risque, c’est un blitz de prise en charge de 20 patients additionnels par médecin qu’il faudrait concrétiser. Ce modeste effort collectif pourrait ne pas être supporté par certaines catégories de médecins qui exercent déjà à plein régime, mais il demeurerait malgré tout très raisonnable. Fort de sa réforme du mode de rémunération des médecins de famille, le premier ministre Legault, en homme d’affaires averti et excellent comptable qu’il est, dévoilera-t-il à visière levée et en toute transparence, de combien diminuera, par trimestre et d’ici la fin de son mandat, le nombre de patients orphelins?