Une partie de l'est de l'Île-d'Orléans.

Pas une catastrophe

En réaction au texte «Un désastre appréhendé» de M. Bernard Dagenais
Dans ce texte, M. Dagenais annonce un désastre pour l'Île-d'Orléans (Apocalypse Now!) qui glace le sang. En fusionnant les six mini-municipalités actuelles en une seule, ce serait la fin des «rapports de proximité» qui sont le lot d'un milieu rural, car l'Île deviendrait une grosse ville, «bureaucratisée et fonctionnarisée»! Une trop grosse ville où les rapports humains seraient dépersonnalisés. L'Île-d'Orléans, avec ses quelque 7000 habitants!
Voyez ces nombreuses mégalopoles (!), rien que dans la région de la Capitale Nationale: Pont-Rouge (8400 habitants), La Malbaie (8900 habitants), Donnacona (7000 habitants). Ce serait des places tellement grosses qu'on n'y trouverait plus de rapports humains? Allons donc!
Il y a aussi Baie-Saint-Paul, avec 7000 habitants, la même chose que l'Île-d'Orléans. Est-ce un milieu froid, bureaucratisé, avec un pouvoir centralisé et stérile, avec des «fonctionnaires inconnus, sans implication dans leur milieu»? Pourtant non, il me semble. On entend plutôt dire que c'est un endroit où il fait bon vivre, où la vie communautaire et la vie culturelle sont riches et diversifiées, avec de nombreux événements qui attirent plein de monde, organisés par des tas de bénévoles...
Je pense aussi à Deschambault-Grondines: deux villages anciens qui ont fusionné en 2002 pour former une seule municipalité. Les deux villages n'ont pas été rasés au bulldozer. Les gens ne sont pas devenus des étrangers pour leurs voisins parce qu'il y a maintenant une seule structure municipale au lieu de deux. Est-ce que la mise en commun des ressources de ces deux villages historiques a tari quoi que ce soit du charme rural de l'endroit? C'est plutôt exactement le contraire : Deschambault-Grondines, lieu d'agriculture, de culture, d'accueil et de mémoire, affiche aujourd'hui un dynamisme et un grouillement de vie qui ont de quoi rendre jalouse l'île d'Orléans dans son état de stagnation actuelle.
Je pense aux Îles-de-la-Madeleine, à l'Isle-aux-Coudres et à tant d'autres municipalités de taille raisonnable qui sont le résultat de fusions de toutes petites municipalités. Écoutez-les le dire haut et fort: elles ne retourneraient jamais en arrière, tellement elles trouvent que la vie communautaire et l'évolution du territoire s'en sont trouvées améliorées.
L'occupation du territoire, à l'Île-d'Orléans, est à 94 % agricole. Une fois l'Île dotée d'une structure administrative unifiée, ce 94 % agricole ne sera pas changé... et le caractère rural et patrimonial du territoire ne sera pas perdu
Mais l'auteur de cette opinion n'en démord pas: il a découvert la perversité fatale qui est inhérente au projet de regroupement des six villages de l'Île-d'Orléans, et ce serait - faites coucher les enfants! - pour «faciliter la tâche à d'éventuels promoteurs» avides de densifier l'île. Pourtant, le mouvement une île, une vision, qui prône activement cette fusion municipale, soumet aux électeurs, dans la présente campagne électorale, un programme qui est aux antipodes de cela.
Qu'à cela ne tienne, peut-on se fier aux gens, même avec un programme clair, transparent, largement accessible et diffusé, même avec des dirigeants dont la probité est connue et reconnue? Non, on ne peut pas, pense l'auteur, parce que les promoteurs n'auront qu'un seul maire à convaincre, ce qui fait que le seul vrai bon rempart contre le «désastre appréhendé», c'est que les six villages de l'Île continuent à se neutraliser les uns les autres. Ainsi il ne se passera rien, et l'Île ne sera pas livrée aux promoteurs. Étonnant!
Léo-Paul Desaulniers, vice-président du Mouvement une île, une vision