Les auteurs de cette lettre souhaitent que le ministre Gaétan Barrette, fasse en sorte que le système assure la couverture médicale essentielle à l’Institut universitaire en santé mentale de Québec.

Pas d’hôpital sans médecin

Lettre ouverte au ministre de la Santé, Gaétan Barrette

Nous écrivons ceci au nom de ceux qui n’iront pas dans les journaux. Parce qu’ils ne peuvent pas. 

La plupart d’entre eux ne savent pas lire ni écrire. Parce que très tôt dans la vie, ils ont eu un trouble dans leur développement. C’est ainsi. La vie, la nature est injuste. Ils ont une déficience intellectuelle. Ils ont un trouble du spectre de l’autisme. Quand ils sont malades, ils n’ont pas comme nous la capacité de l’exprimer avec des mots et encore moins la capacité de consulter. Ils ne peuvent faire face aux menus téléphoniques complexes de la plupart de nos hôpitaux et cliniques d’aujourd’hui. Alors, ils expriment leur mal comme ils le peuvent, par des comportements souvent dérangeants ou pas du tout, parce qu’ils n’en ont plus ni la capacité ni la force. 

Lorsque trop dérangeants par leurs cris ou leurs gestes agressifs, ils reçoivent des médicaments pour les calmer alors qu’ils ont une fracture de hanche, un abcès dentaire, une infection urinaire ou qu’ils sont constipés. Depuis plus de 20 ans, nous avons organisé des services pour eux dans notre hôpital où, grâce à un travail d’équipe multidisciplinaire, on cherche les causes de ce qu’ils essaient de nous dire par leurs comportements et ensuite, au mieux, de les traiter et de les aider. L’évaluation médicale reste à la base de ce travail. Celle-ci nécessite l’expertise d’un médecin généraliste, 24 heures sur 24. Parce que quand on est malade, on ne choisit pas le moment.

Et on nous dit que cela ne sera plus possible. Ce n’est plus seulement nos patients qui seront déficients et envahis de troubles dans leur fonctionnement maintenant, mais ce sera l’hôpital. Un hôpital déficient. Plus de médecin sur place. Cet hôpital qui avait toujours permis qu’au moins, pour les soins de santé, justice soit faite à ceux pour qui la vie a été injuste. Si vous croyez encore en une justice de la santé, Monsieur Barrette, faites en sorte que le système nous assure la couverture médicale essentielle de notre hôpital pour ceux qui ne peuvent aller dans les journaux. Une couverture médicale par des médecins généralistes qui, depuis des dizaines d’années, ont sauvé des vies. Une couverture en tout temps, Monsieur le ministre, pas de neuf à quatre. Car un hôpital n’est pas un bureau ni un magasin.

Nous, psychiatres de l’Institut universitaire en santé mentale de Québec (IUSMQ), œuvrant auprès des personnes présentant un diagnostic de déficience intellectuelle et de trouble du spectre de l’autisme : Monelly Radouco-Thomas, ex-présidente du Conseil des médecins et dentistes et pharmaciens (2000-2006); Michel Bolduc, chef de programme (Déficience intellectuelle et trouble du spectre de l’autisme); Jacques Thivierge, médecin