La vitalité des régions rurales dépend en grande partie de l'agriculture. 

Pas de fermes familiales sans gestion de l'offre

L'élection d'un nouveau président aux États-Unis amène beaucoup de remises en question dans les sphères économiques.
Les entreprises s'affairent déjà à prévoir des stratégies pour s'adapter, pour affronter cette montée du protectionnisme américain. D'un point de vue strictement économique, le 45e président semble prendre action rapidement sur ses engagements en resserrant les frontières aux importations. La première rencontre Trudeau-Trump a révélé l'intention du président de renégocier l'ALENA. Il y a fort à parier que la gestion de l'offre en agriculture pourrait être l'un des enjeux importants. Chez nous, au fédéral, le débat sur la gestion de l'offre en agriculture refait surface dans la course à la chefferie du Parti conservateur. 
Avec les incertitudes dans le commerce mondial, notre gestion de l'offre dans certains secteurs agricoles garantit la stabilité à la base de notre économie et pourtant, notre agriculture n'a jamais fait face à autant de défis. La vitalité des régions rurales dépend en grande partie de l'agriculture. C'est le cas pour la MRC La Nouvelle-Beauce. 
Les 735 exploitations agricoles de la Nouvelle-Beauce dégagent un peu plus de 400 M$. Ce sont 24 % des revenus liés à l'exploitation agricole de la grande région de Chaudière-Appalaches pour seulement 14 % des fermes. Il s'agit de l'une des MRC agricoles les plus dynamiques du Québec. Une ferme, c'est un moteur économique pour sa région. Il est permis de craindre les dommages collatéraux liés à la déréglementation des marchés agricoles dans les régions rurales du Québec. En prenant compte des facteurs démographiques, géographiques et surtout climatiques, il faut collectivement tout mettre en oeuvre pour valoriser la production agricole chez nous. 
Le prix de nos choix
La fin de la gestion de l'offre va signifier la fin des fermes familiales. Dans l'industrie porcine, qui n'a jamais été sous gestion de l'offre, les moyens et petits joueurs sont en voie d'extinction. Dans les secteurs agricoles sous gestion de l'offre, il y a un pacte social entre les consommateurs et les producteurs. C'est une fausse perception de penser que les prix des aliments en l'absence de la gestion de l'offre vont baisser substantiellement et drastiquement sur les tablettes. Citons le cas australien, où, entre 2000 et 2011, le prix à la ferme a chuté de 17 %, alors que le prix au détail faisait un bond de 27 %. Le Partenariat transpacifique (PTP) ne sera pas ratifié par les États-Unis. Dès son annonce, on parlait déjà de brèches dans la gestion de l'offre. Alors ces brèches, il faut les colmater, car nos producteurs subissent déjà des pertes de revenus importantes. 
Le contexte politique actuel commande une grande prudence sur la gestion de l'offre afin de ne pas ébranler la stabilité de nos marchés agricoles et notre souveraineté alimentaire. Une transition graduelle n'est même pas dans l'air du temps étant donné le recentrage du commerce américain. 
Ne pas mordre la main qui nous nourrit
Les différents acteurs du marché canadien pourraient fixer des cibles à l'importation, à l'exportation, à la productivité et à l'innovation dans les productions sous gestion de l'offre. Peut-on offrir aux agriculteurs l'opportunité du leadership de ces orientations? Parmi les enjeux, il faut à tout prix maintenir la production chez nous et nos standards de qualité, améliorer nos volumes de production canadienne, et en faire bénéficier le consommateur. 
Les biens que l'on produit ici nous enrichissent tous. Il est impératif que les citoyens de la Nouvelle-Beauce et de tout le Québec soient solidaires du monde agricole dans cette lutte pour la prospérité.
François Lehouillier, président, Chambre de commerce et d'industrie Nouvelle-Beauce, Sainte-Marie