Bernard Drainville

Pas de charte diluée

Le Parti québécois m'étonne de plus en plus. Il lance un grand débat sur les valeurs québécoises, mais veut le faire en camouflant dans ce débat une charte de la laïcité, laquelle ne peut être diluée. Le verbe diluer vient du latin diluere, qui signifier laver, détremper. Drainville présente sa solution, permet qu'on entende le monde sur la question, mais n'est pas prêt à passer à l'eau de Javel les 52 articles de son projet de loi.
Le Parti québécois m'étonne de plus en plus. Il lance un grand débat sur les valeurs québécoises, mais veut le faire en camouflant dans ce débat une charte de la laïcité, laquelle ne peut être diluée. Le verbe diluer vient du latin diluere, qui signifier laver, détremper. Drainville présente sa solution, permet qu'on entende le monde sur la question, mais n'est pas prêt à passer à l'eau de Javel les 52 articles de son projet de loi.
Le projet de loi 60, dont le titre contient 26 mots (Charte affirmant les valeurs de laïcité et de neutralité religieuse de l'État ainsi que d'égalité entre les hommes et les femmes et encadrant les demandes d'accommodement) est figé dans le ciment. Ceux qui viendront en commission parlementaire pour donner leur point de vue seront écoutés, mais leur position sera vite mise de côté. Le gouvernement a établi son point de vue: tout le reste n'est que babillage, placotage, diarrhée de mots. La position gouvernementale ne peut être diluée. Elle est ce qu'elle est. On ne peut la changer, la modifier. Selon le ministre, le projet de loi 60 peut être amélioré - il ne dit pas en quoi -, mais il n'est pas question de reculer sur le port de signes religieux ostentatoires par les employés de l'État. Je le cite: «Les signes religieux, c'est fondamental. C'est le visage de la neutralité.»
Dois-je rappeler au ministre que le port de signes religieux n'est pas le visage de la neutralité. Les États laïques sont accrochés à deux principes: la séparation de l'Église et de l'État, ainsi que la neutralité de l'État face aux religions. Si un État interdisait le port de tout signe religieux dans l'espace public, il verserait dans ce qu'on appelle le «laïcisme», doctrine qui interdit toute référence à un point de vue religieux dans l'espace public. Le plan quinquennal de Staline ne visait rien de moins que cela. Le Québec est en train de se faire passer tout un sapin. Lorsqu'il sortira de sa torpeur, il sera sans doute trop tard. Le sociologue Fernand Dumont disait avant de mourir que le peuple québécois était non seulement indifférent, mais inconscient.
À quoi peut bien servir de dépenser des millions de dollars pour arriver au bout de l'exercice avec la proposition initiale. Cela explique pourquoi je n'ai pas présenté de mémoire à cette commission bidon commanditée par un gouvernement faiblard, incohérent sur le plan économique et qui essaie de distraire les citoyens par un projet de loi qu'il ne veut pas voir diluer.
Logiquement, à la rentrée parlementaire de février, le présent gouvernement minoritaire devrait passer au vote le projet de loi 60. Et qu'il en fasse un vote de confiance. Le Québec aura sauvé bien des millions de dollars et permettra d'élire un gouvernement qui mettra l'accent sur des réalités bien plus importantes que le port de signes religieux.
Nestor Turcotte, Matane