La loi P-38, qui prive de liberté une personne avec un problème de santé mentale, doit être appliquée avec rigueur, souligne l'auteur. «Malheureusement, c'est loin d'être le cas», écrit-elle.

P-38: une loi n'est pas un programme de soins

Nos sociétés sont de plus en plus confrontées au fait que les problèmes de santé mentale vont en augmentant. L'organisation mondiale de la santé mentale (OMS) estime que 20 % de la population sera affectée au cours de sa vie par ce problème et invite les gouvernements à agir sur l'ensemble des facteurs sociaux, économiques et environnementaux ayant des impacts sur la santé.
Malgré ce constat et ces recommandations, nos gouvernements n'accordent pas de priorité à la santé mentale. La santé mentale souffre d'un manque de financement chronique. Le MSSS a beau produire des plans d'actions orientés vers le rétablissement, ses mesures, visent, pour la plupart, surtout l'amélioration des soins «psychiatriques» basée sur une approche bio-médicale de la santé et leur accessibilité aux personnes ayant des problèmes de santé mentale. Ainsi, ces dernières ainsi que leurs proches restent privées de services ou de ressources dans la communauté tout aussi essentielles au rétablissement ainsi qu'au maintien de la santé
Des associations se manifestent présentement et réclament l'ouverture de la loi sur la protection des personnes (Loi P-38) dont l'état mental présente un danger pour elles-mêmes ou pour autrui, pour « forcer » une personne à des soins. Faut-il rappeler que la Loi P-38 n'est pas un programme de soins, qu'elle n'a pas été instituée pour pallier au manque de services, qu'il s'agit d'une loi et comme toute autre loi, s'appuie sur la Charte des droits et libertés en fixant des balises pour éviter des prises de décision arbitraires, pour éviter les abus. Cette loi d'exception, en raison du fait qu'elle prive une personne de sa liberté, en n'oubliant pas le fait que cette personne est souvent la cible de préjugés, doit être appliquée de manière rigoureuse. Malheureusement, c'est loin d'être le cas. Nous constatons dans notre région, comme dans d'autres, une hausse de requêtes de garde en établissement ainsi que d'ordonnances de traitement, la plupart du temps, accordées par les juges sans même que la personne concernée ait pu se faire entendre. Ces personnes se retrouvent gardées en établissement, parfois plusieurs semaines, voire des mois, en attente par exemple, d'une ressource en hébergement. Si l'institution psychiatrique est là pour offrir des soins, elle ne constituera jamais un milieu propice au rétablissement des personnes, encore moins, si celles-ci sont obligées d'y être.
La personne ayant des problèmes de santé mentale peut parfois être dérangeante, dérouter son entourage, vivre un épisode de dangerosité mais comme tous et chacun, elle a droit à la pleine reconnaissance et à l'exercice de l'ensemble de ses droits. Nous considérons que cette est une condition essentielle à son rétablissement.
Francine Genest, Coordonnatrice, Auto-Psy, Québec