Notre regard sur la différence religieuse doit se moderniser afin de contrer la peur et la violence qu'engendre l'ignorance, selon l'auteur.

Ouvrons les fenêtres

Depuis dimanche soir, d'innocentes familles de chez nous sont privées d'un mari, d'un grand-père, d'un père, d'un frère ou d'un fils. Nous partageons tous leur douleur et leur désarroi devant cet événement intolérable et insensé.
Pour les jours et les semaines à venir, notre soutien et notre compassion doivent se tourner vers ces familles afin de les apaiser et les réconforter. Toutefois, les bons sentiments demeurent insuffisants à panser les plaies et à effacer ce nouveau stigmate qui balafre toute la société québécoise. Après les femmes de Polytechnique, on s'attaque maintenant à des croyants. Il s'agit d'un crime haineux, portant atteinte aux personnes dans leur intégrité. 
Je suis convaincu que les victimes survivantes de Polytechnique se sentent profondément solidaires à l'endroit de ces familles décimées du simple fait de leur confession musulmane.
Sur le terreau de Polytechnique aura germé une nouvelle conscience de la condition féminine, en contrepoids de la violence et des préjugés sexistes. Notre sensibilité à la violence s'étend dorénavant au harcèlement sous toutes ses formes et au contrôle des armes à feu.
Au lendemain de la tuerie du Centre culturel islamique de Québec, des avancées similaires devront voir le jour. Si le contrôle des armes à feu ne doit plus jamais être remis en question, notre regard sur la différence religieuse doit lui aussi se moderniser afin de contrer la peur et la violence qu'engendre l'ignorance. Accueillir et respecter l'individu croyant dans ce qu'il est, pour mieux nous comprendre mutuellement, doit dorénavant inspirer les rapports entre nous.
Il est temps d'ouvrir les fenêtres afin de dépoussiérer plus de 40 années de mise en marge du religieux et laisser entrer la lumière sur cette dimension de l'être humain aussi légitime que son identité de genre, son orientation sexuelle, son origine ou sa condition.
Ce n'est qu'à ce prix que nous pourrons procurer à nos concitoyens de toute confession l'espérance que le Québec constitue véritablement une terre d'accueil sécuritaire et tolérante. Ce n'est qu'à ce prix que nous saurons trouver les mots pour échanger sur la base des valeurs qui nous sont chères et bâtir ensemble une société encore meilleure pour nos enfants.
Ce n'est qu'à ce prix que nous pourrons les regarder droit dans les yeux et leur dire avec sincérité et conviction : «Vous êtes ici chez vous, chers amis québécois».
Gilles Saucier, administrateur et théologien, Saint-Bruno-de-Montarville