Devant l'urgence d'agir pour protéger nos arbres de l'agrile du frêne, la Ville de Québec doit se donner sans tarder un plan de gestion intégrée qui prévoit notamment la protection des arbres exceptionnels et la plantation d'arbres pour remplacer ceux qui auront dû être abattus.

Oui, l'argent pousse dans les arbres

Sans surprise, l'agrile du frêne a été détecté dans la Ville de Québec en juillet dernier. L'insecte, qui se propage à une vitesse fulgurante, menace les milliers de frênes de la Capitale-Nationale. Si on n'agit pas très rapidement, on risque de devoir abattre massivement des arbres matures qui nous rendent de fiers services  et dévaster certains quartiers comme Limoilou, où l'essence est très présente.
Les bénéfices sur la santé et l'environnement des arbres en milieu urbain sont bien connus. Ils climatisent la ville, réduisent les îlots de chaleur, captent les polluants atmosphériques et les eaux de ruissèlement et purifient l'air. Les forêts urbaines diminuent l'incidence de certaines maladies liées à la pollution atmosphérique, qui cause plus de 300 décès prématurés par année dans la Ville de Québec. Une étude publiée dans la revue Scientific Report en 2013 a même conclu que la présence d'arbres sur une rue avait un effet sur la santé équivalent à une hausse de 10 000 $ du revenu moyen, ou d'une diminution de l'âge moyen de sept ans!
Mais les arbres ont aussi une valeur économique. Ils constituent une plus-value financière qui peut représenter jusqu'à 15 % de la valeur d'une propriété, en plus de pouvoir réduire jusqu'à 15 % les coûts de chauffage en hiver et jusqu'à 50 % les coûts de climatisation en été.
Et ils sont rentables pour les villes. La Banque TD estimait en 2014 que la valeur des forêts urbaines de Vancouver, Toronto, Montréal et Halifax à pas moins de 58 milliards $, une des infrastructures vertes les plus rentables! Chaque dollar investi dans leur entretien engendre entre 1,50 $ et 12 $ de retombées positives pour la collectivité. 
À la lumière de ces constats et devant l'urgence d'agir pour protéger nos arbres de l'agrile du frêne, la Ville de Québec doit se donner sans tarder un plan de gestion intégrée qui prévoit notamment la protection des arbres exceptionnels et la plantation d'arbres pour remplacer ceux qui auront dû être abattus. Et il faut agir vite puisque de récentes études démontrent que plus on agit tôt, meilleures sont nos chances de sauver nos arbres.
C'est une question de qualité de vie, de santé, mais aussi un choix logique au plan économique. 
Karel Mayrand, directeur pour le Québec et l'Atlantique de la Fondation David Suzuki
Jérôme Dupras, Ph.D., professeur, Département des sciences naturelles, et chercheur, Institut des sciences de la forêt tempérée, Université du Québec en Outaouais
Sources : 
Fondation David Suzuki et Nature-Action (2013). Le capital écologique du Grand Montréal : Une évaluation économique de la biodiversité et des écosystèmes de la Ceinture verte, Montréal et Beloeil : Fondation David Suzuki et Nature-Action, 60 p.
Lessard, G.; Boulfroy, E. (2008). Les rôles de l'arbre en ville. Québec : Centre collégial de transfert de technologie en foresterie de Sainte-Foy (CERFO), 21 p.
Gosselin, P. (2015). «Une ville verte est une ville en santé», Ouranos, Université Laval et INSPQ, goo.gl/7dgddi (page consultée 7 septembre 2017)
INSPQ (2011). Les espaces verts urbains et la santé, Québec : Institut national de santé publique du Québec, 14 p.
Québec Arbres (2016). Mémoire - Vision de la protection et de la mise en valeur de la forêt urbaine 2015-2015, Québec : Québec Arbres, 10 p.
TD (2014). La valeur des forêts urbaines au Canada, Montréal : Services économiques TD, 6 p.