Le président de la Ligue nationale de hockey Clarence Campbell (à gauche) présente la Coupe Stanley au capitaine du Canadien Henri Richard (à droite de la coupe) après que l’équipe montréalaise ait défait les Blackhawks de Chicago en 1973. La dernière Coupe Stanley remportée par le Canadien remonte à 1993.

Oui, elle est loin l’époque glorieuse du Canadien

POINT DE VUE / Enfant, je collectionnais les fameuses cartes de hockey vendues en petits paquets dans les dépanneurs et sur lesquelles je pouvais voir les photos de mes joueurs favoris, en plus d’avoir droit à une belle gomme à mâcher. Et il y en avait plusieurs de grands joueurs, dois-je dire, de la Ligue nationale de hockey. Mais ce sont surtout les joueurs du Canadien de Montréal qui étaient, il va de soi, mes préférés.

À 11, 12 ans, ils faisaient figure, à mes yeux, de héros, rien de moins. Et quand j’échangeais mes cartes, avec mes jeunes amis, ce sont les cartes des joueurs du Canadien qui étaient les plus recherchées et qui valaient leur pesant d’or. Plus j’avais de cartes représentant les Jacques Lemaire, Yvan Cournoyer, Ken Dryden etc., et plus je me sentais fier.

Faut dire que c’était la grande époque de la Sainte-Flanelle, les années 70, celle où l’équipe a remporté trois fois la Coupe Stanley. Celle où le Canadien de Montréal était devenu une véritable dynastie. Celle du fameux entraîneur Scotty Bowman. L’époque aussi où il y a eu la Série du siècle Canada-Russie en 1972 et au cours de laquelle des joueurs du Canadien se sont démarqués.

Et, bien entendu, les enfants n’étaient pas les seuls à suivre, avec engouement, les péripéties du Tricolore à cette époque. Nos parents ne manquaient pas un match. Faut dire que les joueurs du Canadien donnaient leur 200 % sur la glace. L’époque où leurs salaires étaient beaucoup moins élevés, toutes proportions gardées, que celle de nos millionnaires à deux lames d’aujourd’hui. Les joueurs du Canadien de l’époque nous semblaient pourtant plus grands que nature, avaient du cœur au ventre et faisaient, pour ainsi dire, figure de légendes vivantes.

La dernière Coupe Stanley remportée par le Canadien remonte à 1993. J’ai eu alors un petit regain de fierté et me suis remémoré les plus beaux jours des années 70. Voilà que Patrick Roy me semblait être, lui aussi, un joueur plus grand que nature. Peut-être le dernier en liste? Mais depuis, il s’est écoulé 27 ans et le Canadien a perdu des plumes et a perdu plus souvent qu’autrement. Mais le salaire des joueurs, lui, a continué de monter et de Coupe Stanley, il n’y en a point eu d’autres d’inscrites au compteur.

À la suite de leurs deux séries de huit défaites d’affilée cette saison, le Canadien de Montréal me semble être devenu l’ombre de lui-même. Les joueurs me semblent désincarnés et en panne de passion. Exit le feu sacré!

Ces dernières années, j’ai souvent été surpris de constater qu’un jour, le Canadien gagnait haut la main contre la meilleure équipe du moment de la LNH et, le lendemain, il subissait la défaite contre la pire équipe de la ligue. C’est à n’y rien comprendre et ça ne fait pas sérieux.

Aujourd’hui, je ne suis plus un partisan du Tricolore et je trouve que les joueurs ne méritent vraiment pas le salaire qu’ils gagnent. Ils ne méritent plus que je les suive de près. La solution serait elle qu’ils soient rémunérés au mérite, à la performance? Je dis cela, bien sûr, avec une certaine ironie! Mais quand un joueur embarque sur la glace avec ses millions bien enfouis au chaud dans ses bas de laine bleu, blanc, rouge, il est peut-être moins porté à performer et à donner le meilleur de lui-même.

Oui, elle est loin l’époque glorieuse du Tricolore, où les joueurs se défonçaient littéralement et se démenaient comme de bons diables sur la patinoire. Voilà qui était, en soit, une belle marque de respect adressée à leurs partisans. En 2020, les joueurs du Canadien de Montréal devraient, plus que jamais, tirer des leçons du passé et s’inspirer de leurs fiers prédécesseurs.