Pour l'auteure de la lettre, il n’est pas normal que les parents d'enfants autistes, déjà assez éprouvés au quotidien, aient à se battre continuellement pour que leur enfant reçoive ce à quoi il a droit. Un service d’éducation.

Oubliés du système : les autistes d’âge scolaire

Je suis estomaquée. Les requins, le troisième lien, les laboratoires écoles… Le gouvernement a puisé dans nos poches pendant trois ans, pour maintenant distribuer à tous vents les surplus réalisés dans des projets qui, souvent, ne tiennent pas compte des besoins fondamentaux de la société québécoise.

Dans le réseau de l’éducation, tout le monde sait que plusieurs de nos écoles ont besoin de rénovations. Nul besoin de dépenser une fortune en alignant des noms vedettes comme Larrivée, Thibault et Lavoie, sous prétexte de bâtir les écoles du futur. Je n’ai rien contre ces trois hommes méritants chacun dans leur domaine. Mais les enfants eux-mêmes auraient pu vous le dire qu’il faut bien manger, faire de l’exercice, et tout ça, si possible, dans un endroit agréable et bien équipé. Vous n’aviez qu’à le leur demander!

Je vais vous dire où mettre cet argent «emprunté» dans nos portefeuilles. Depuis les années 70, le système de l’éducation s’était donné comme mandat de rendre les services éducatifs accessibles à tous les enfants d’âge scolaire. Même aux enfants hors-normes, aux enfants en difficulté, aux enfants avec des troubles graves du comportement, des déficiences intellectuelles. Beaucoup de bonnes intentions, d’études de faisabilité, de projets pilotes, de tentatives, mais si peu de concret… Juste une impression de mission accomplie.

À Québec, l’école St-Michel est la seule école spécialisée au primaire qui offre un service pour les enfants autistes sévères, alors qu’on sait que ce trouble est en augmentation constante dans la population. Cinq ou six nouveaux élèves sont acceptés chaque année dans cet établissement, et sur ce petit nombre, certains seront expulsés. Pourquoi? Parce que les intervenants n’ont pas les ressources suffisantes pour les prendre en charge. Parce qu’ils n’ont pas le soutien nécessaire pour intervenir de façon appropriée lors de situations difficiles. Parce que, sans support adéquat, ils perdent l’intérêt de s’investir auprès de ces enfants imprévisibles, parfois agressifs, ou en crise. Des enfants déjà tellement fragiles, et qui vont le devenir encore plus si on les isole, les empêchant de s’intégrer socialement et de développer des compétences pédagogiques.

Quelle est la lacune dans le système pour que les seules solutions proposées par les professeurs et directeurs de cette école en temps de crise soient la médication ou l’expulsion? Pour qu’ils avouent avoir peur d’un enfant de sept ans? Que deviendra mon petit-fils autiste, expulsé de l’unique école spécialisée à Québec après seulement deux mois de fréquentation? Agressif envers les autres enfants. Difficile à contrôler. Renvoyé à la maison. Sans piste de solution, sans plan d’intervention, sans souci de son devenir. Après deux ans d’attente d’une place, nous avions mis tous nos espoirs dans cette école et ses intervenants «experts». Quelle désillusion! La garderie et l’école primaire qu’il avait fréquentées auparavant avaient réussi beaucoup mieux, sans ressources ni compétences dans ce domaine.

Il n’est pas normal que les parents, déjà assez éprouvés au quotidien, aient à se battre continuellement pour que leur enfant reçoive ce à quoi il a droit. Un service d’éducation. Les parents ne sont pas des enseignants, des éducateurs spécialisés ou des psychoéducateurs. Leurs compétences sont limitées. Cependant, dans l’adversité et jusqu’au bout, ils aimeront et soutiendront leur enfant autiste. Pourquoi l’école n’en ferait-elle pas autant? Ne les laissez pas tomber!

Monsieur Couillard, et tout autre aspirant au poste de Premier ministre du Québec, vous avez une responsabilité morale et sociale envers ces enfants à besoins particuliers. L’école n’est pas seulement un lieu où les jeunes apprennent à lire, à écrire et à compter, où ils mangent et font du sport. L’école est un outil essentiel au développement personnel, à la socialisation et à la communication. En ignorant ces enfants, déjà en grande difficulté, en les isolant et en les marginalisant, votre si merveilleux système d’éducation leur enlève définitivement leur seule chance d’inclusion sociale. Quel gâchis!

C’est là qu’il faut mettre de l’argent, en augmentant les ressources physiques et humaines, en fournissant un soutien aux enseignants de ces écoles spécialisées pour offrir un service à temps plein et non temporaire à ces enfants si démunis.

Suzanne Mercier
Québec