Ondes électromagnétiques: les risques pour la santé ne peuvent plus être ignorés

En réaction au texte «Les ondes électromagnétiques et la légende» du journaliste Jean-François Cliche
En réaction au texte «Les ondes électromagnétiques et la légende» du journaliste Jean-François Cliche
Le 18 janvier 2012, l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) publiait un communiqué intitulé «Les compteurs intelligents d'Hydro-Québec et la santé publique», faisant part de mises en garde sérieuses du Centre International de recherche sur le cancer (CIRC-OMS) qui a classifié les micro-ondes des technologies sans fil comme constituant un risque possible de cancer (Classification 2B «peut-être cancérigène», comme le plomb et le DDT).
En réaction, Le Soleil publie, le 22  janvier 2012, un article où Jean-François Cliche affirme que «les études scientifiques qui ont été réalisées sur le sujet, et elles sont assez nombreuses, n'ont rien trouvé qui justifie ces craintes» et prétend que «des groupes d'opposition continuaient d'apparaître s'appuyant sur des légendes urbaines, une poignée d'études bâclées et leurs propres existences».  Cette affirmation détourne l'attention des lecteurs des actuelles avancées scientifiques.
Le Dr Jonathan Samet (U. de Caroline du Sud), président du Groupe de travail du CIRC-OMS, a indiqué le 31 mai 2011, que «les données, qui ne cessent de s'accumuler, sont suffisantes pour conclure à la classification en 2B». Le communiqué du CIRC-OMS affirme que l'association entre les micro-ondes et le cancer est plausible et crédible.
Après l'annonce de la classification 2B par le CIRC et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) (31/05/2011), The Lancet Oncology (22/06/2011) publiait un bilan des plus importantes études sur la question, dont celle d'Interphone, citée par M. Cliche. Le Cancer Monograph Working Group concluait en affirmant que les radiofréquences des champs électromagnétiques sont possiblement cancérigènes et les classaient 2B. Moins d'un mois plus tôt, l'Assemblée parlementaire du Conseil d'Europe (27/05/2011) recommandait de maintenir un niveau maximal d'exposition à 1000 μw/m2, en se basant sur le rapport international Bioinitiative (2007) reconnu par l'Agence européenne de l'environnement (17/09/2007) et par le Parlement européen (4/09/2008). Le journal scientifique Pathophysiology (10/2009) a publié 18 des articles du rapport Bioinitiative, lequel recense près de 1500 études publiées dans la version complète. Enfin, l'American Academy of Environmental Medicine demande officiellement un arrêt du déploiement des compteurs intelligents (12/01/2012). Alors comment M. Cliche peut-il affirmer que les groupes s'appuient sur des légendes urbaines et une poignée d'études bâclées?
Citer l'étude Interphone comme le fait M. Cliche est de moins en moins pertinent, car celle-ci a été menée en l'an 2000, recensant les utilisateurs sur leurs habitudes pré-an 2000, alors que l'utilisation du téléphone cellulaire était bien moindre qu'aujourd'hui. De plus, même Interphone admet qu'il y a un risque accru de 40% de gliome chez les plus grands utilisateurs (30 min./jour X 10 ans).
Les études plus récentes nous indiquent que le corps humain réagit à chacune des impulsions de micro-ondes selon son intensité maximale et sa périodicité (allumées puis éteintes), et non seulement selon la valeur moyenne du rayonnement. Hydro-Québec avait annoncé que les compteurs n'émettaient que six fois par jour mais, suite au rapport de notre expert, Hydro-Québec Distribution a finalement reconnu qu'il s'agissait de 1500 fois par jour, soit à chaque 30 à 60 secondes.
Depuis la lutte aux pluies acides et jusqu'à la lutte contre l'exploitation des gaz de schiste, l'AQLPA a toujours fait preuve de professionnalisme et de rigueur scientifique. Et c'est encore le cas dans le présent dossier.
André Bélisle et François Therrien
Respectivement président et administrateur, professeur d'électricité et porteur du dossier des micro-ondes à l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique
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Réplique de Jean-François Cliche
J'ai, dans mon texte, explicitement mentionné la classification 2B et le risque de cancer accru pour les grands utilisateurs de cellulaire, mais cette réplique fait comme si ce n'était pas le cas. Cette classification 2B du CIRC signifie d'ailleurs qu'il y a peut-être un risque de cancer, mais cette réplique (dans son titre, notamment) fait comme si le risque était prouvé mur à mur. Ce que The Lancet Oncology a publié en juin 2011, ce sont ces mêmes travaux du CIRC qui ont mené à ladite classification, mais cette réplique les présente comme s'il s'agissait de deux démarches séparées. Plus grave encore, le rapport Bioinitiative sur lequel elle s'appuie a été littéralement anéanti par toutes les agences de santé publique qui l'ont examiné (France, Allemagne, Danemark, Pays-Bas, EMF-Net, Australie), pour des raisons de partialité, de conflit d'intérêts d'une auteure et de recommandations qui n'étaient pas soutenues par la recherche, mais cette réplique persiste à faire comme si ce «rapport» avait une valeur scientifique. Il est intellectuellement irresponsable, pour dire le moins, de continuer à invoquer ce document, et j'admets avoir un peu de mal à voir de quelle «rigueur» parlent MM. Bélisle et Therrien.
JFC