On sauvera des vies quand on cessera d’être distrait par la vitesse

En 1968, alors que je n’avais que 8 ans, je me rappelle comment j’avais appris un nouveau mot : ministre.

On pouvait apercevoir dans notre quartier une Oldsmobile 98 Regency noire qui circulait à vive allure avec le moteur qui rugissait et, parfois, avec les feux clignotants rouges dissimulés derrière la calandre. Ça faisait tellement «Tasse-toi mon oncle». Un sujet de conversation des résidents, surtout ceux qui sortaient prendre une marche après le souper. Il s’agissait du véhicule de fonction du ministre des Affaires culturelles de l’époque.

Aujourd’hui, notre gouvernement se targue une autre fois de son initiative de la réduction de la vitesse sur nos routes. On annonce fièrement la baisse du nombre des contraventions émises pour grands écarts de vitesse. La vitesse est-elle la véritable menace lors des collisions mortelles? Non, si l’on se base sur la conduite sans tragédies de nos conducteurs de ministres. Les 132 km/h des chauffeurs de Guy Chevrette et de Julie Boulet, c’est plutôt anodin à côté des 200 km/h de ceux de Nicolas Sarkozy, l’instigateur des radars photo en France. Ce pays dont nous avons justement copié les programmes des grands écarts de vitesse et des radars photo. Pouvons-nous trouver un seul chauffeur de voitures de fonction d’un ministre en Amérique du Nord ou en Europe qui ait été impliqué dans une sérieuse collision routière?

Une étude révélatrice a été faite par le Transport Research Laboratory en Angleterre et rendue publique en 2006. La SAAQ refuse toujours de la prendre en considération. La vitesse serait le facteur déterminant dans seulement 5 % de l’ensemble des collisions routières. À l’approche du temps des Fêtes... et celui des élections, ne serait-ce pas un beau cadeau à offrir aux automobilistes que de cesser de vider leurs poches pour avoir roulé à 130 km/h sur une autoroute interurbaine? Les audiences publiques qui avaient précédé l’augmentation des limites en Colombie-Britannique ont apporté un point majeur. L’aphorisme «la vitesse tue» a été invalidé.

Jean Livernois, Québec