Les auteurs estiment qu’il est fondamental que l’État évalue les services dont auront besoin à moyen et long terme les personnes ayant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme.

On néglige l’hébergement des personnes handicapées

La publication récente du rapport de la Protectrice du citoyen a, encore une fois, mis en lumière les importantes lacunes dans l’accès et la qualité des services sociaux et de santé pour les personnes dites vulnérables.

Les médias et les élus ont surtout rapporté les graves problèmes en hébergement de longue durée et en soutien à domicile concernant les personnes âgées, bien que l’accès à des services de soutien à domicile soit également vital pour des milliers de personnes en situation de handicap physique. 

Un autre volet méconnu, mais essentiel des services d’hébergement «hors institution» du Réseau de la santé et des services sociaux, dont l’objectif est de favoriser une certaine autonomie et leur participation sociale, concerne les personnes ayant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme.

Il faut savoir que la plupart des personnes qui sont sous la responsabilité des Centres de réadaptation en déficience intellectuelle et en troubles envahissants du développement (CRDITED), maintenant intégrés dans les CISSS/CIUSSS, sont hébergées dans des résidences privées liées par contrat et appelées «ressources intermédiaires» (RI).

Dans son rapport 2016-2017, la Protectrice Marie Rinfret dénonce, pour certaines de ces ressources situées dans différentes régions du Québec, des manquements importants ayant trait à l’insuffisance du personnel et au manque de formation de celui-ci, au pairage inapproprié des personnes, aux longs délais de relogement, à la gestion inappropriée de comportements difficiles donnant lieu à des agressions physiques entre les personnes hébergées, etc. Les enquêtes de son service ont même mené à la fermeture de trois RI!

Depuis plusieurs années, le CRADI, le Mouvement PHAS, divers groupes de parents et plusieurs acteurs concernés, ont relevé plusieurs situations difficiles tributaires du désengagement graduel du Réseau : listes d’attente interminables, coupes de budget pour certaines RI, retrait graduel des intervenants du CIUSSS pour l’encadrement clinique des personnes, laxisme du même CIUSSS au niveau du contrôle de la qualité des services, retour en milieu institutionnel pour certaines personnes, transferts à répétition, etc.

Compte tenu de l’intégration sociale compromise des personnes hébergées ayant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme, des inquiétudes des parents et de l’épuisement du personnel — souvent payé proche du salaire minimum, il est urgent qu’il y ait un rehaussement significatif des budgets dédiés à ce type d’hébergement. Il est fondamental que l’État évalue les besoins à moyen et long terme de cette population et prévoit en conséquence l’organisation et l’encadrement de ces services. 

Nous sommes heureux que la Protectrice joigne sa voix à la nôtre : elle réclame l’élaboration d’une offre de services et un plan d’action répondant aux besoins de ces personnes d’ici le 31 mars prochain. Aurons-nous une réponse adéquate de la ministre Lucie Charlebois? Pour les personnes en situation de handicap et leur famille, avoir accès à des services sociaux et de santé n’est pas une option, mais bien un droit fondamental et un impératif à leur pleine participation sociale, à leur sécurité et à leur qualité de vie!

Ghislaine Goulet, Comité régional des associations pour la déficience intellectuelle (CRADI)

Mathieu Francoeur, Mouvement des personnes handicapées pour l’accès aux services (PHAS)