Peu de soutien est accordé aux jeunes qui quittent les services de prise en charge et ils n'ont souvent pas les compétences nécessaires pour survivre.

Offrir de l'aide jusqu'à 25 ans

Grandir sous la tutelle du gouvernement manitobain a été difficile. Entre une opinion publique polarisée et un gouvernement voulant éviter la controverse, on a élaboré la législation et les politiques qui ont affecté ma vie de tous les jours.
Tout le monde, semble-t-il, voulait me donner les meilleurs soins, mais on a souvent manqué la cible. Malheureusement, mon expérience avec le système de prise en charge n'est pas unique, et illustre les échecs systémiques des gouvernements. Nous pouvons et devrions faire mieux que ça. Aider les jeunes pris en charge en leur offrant un soutien complet jusqu'à l'âge de 25 ans serait une première étape importante. 
La vie en foyer d'accueil m'a probablement assuré une vie meilleure que si j'étais resté avec ma mère biologique. Ses défis étaient attribuables à de typiques enjeux : femme indigène, née d'un prisonnier du Manitoba et adoptée dans les années 1960; en somme, rien pour préparer à une bonne destinée.
Donc, quand jeune adolescent, j'ai demandé à être pris en charge, j'avais confiance de prendre la bonne décision. J'avais besoin du soutien et de la structure que pouvait m'offrir un foyer. Je sentais que je prenais ma vie en main en choisissant cette voie. Le premier foyer offrait un cadre, mais il était également marqué d'abus émotionnels et spirituels. Par la suite, je suis passé par de nombreux autres foyers et travailleurs sociaux.
Beaucoup d'entre nous vivons des douzaines de placements.
Alex Gervais, cet adolescent de la Colombie-Britannique décédé par suicide dans un motel quelques mois avant d'être laissé à lui-même, avait vécu 17 placements au cours de sa vie. Ces nombreuses transitions démontrent que les soins gouvernementaux peuvent être une période compliquée et tumultueuse dans la vie de jeunes victimes de traumatismes.
À Winnipeg, 49 % des sans-abris ont déclaré avoir passé du temps dans un foyer collectif ou dans un autre service aux enfants et aux familles. En Ontario, 43 % des jeunes de la rue avaient reçu des services du réseau d'aide à l'enfance. Les taux de diplomation sont également lamentables avec 33 % d'obtention de diplôme pour les jeunes pris en charge au Manitoba, par exemple, contre 89 % pour leurs pairs qui ne le sont pas.
Mes cinq années comme mineur dans les services sociaux m'ont occasionné de sérieux problèmes de santé mentale et des expériences d'itinérance. Les établissements étaient remplis d'autres jeunes qui connaissaient le même type de crises auxquelles je faisais face. Toutefois, d'une certaine façon, j'ai réussi à m'en sortir. J'ai obtenu un diplôme universitaire et j'ai occupé plusieurs emplois. J'ai toujours été conscient de mon privilège et de ma chance, mais je suis une exception.
Au Canada, 66 % des jeunes âgés de 20 à 24 ans vivent à la maison avec des parents qui les soutiennent. Pourtant, on applique d'autres normes pour les jeunes ayant vécu de complexes traumatismes associés à une vie en centre et on s'attend à ce qu'ils soient autonomes.
Mes collègues ont presque toujours eu une forme ou une autre de soutien de leurs parents. Mon filet de sécurité est mince. Durant mes périodes d'itinérance, il y avait très peu de gens à qui je pouvais faire appel dans les situations d'urgence financière et quand je souffrais vraiment de problèmes de santé mentale ou de dépendance.
Pourtant, de nombreuses provinces, incluant le Québec, renoncent à offrir des services aux jeunes en foyer dès qu'ils atteignent 18 ou 21 ans, malgré nos appels à l'aide désespérés. Ces résultats n'ont rien d'étonnant. Peu de soutien est accordé aux jeunes qui quittent les services de prise en charge et ils n'ont souvent pas les compétences nécessaires pour survivre.
Lorsque les gouvernements prennent en charge les enfants vulnérables et les placent, ils deviennent responsables de leur réussite. Comme société, nous ne respectons pas la promesse ni la responsabilité à leur égard.
Dylan Cohen, autochtone pris en charge dans sa jeunesse et coordonnateur de projet pour AgedOut.com en Colombie-Britannique