Ode au Québec

Québec. C'est d'abord la belle, longue et trop méconnue aventure d'accueil, de collaboration unique entre les Autochtones, premiers habitants de cette terre, et des Européens, les Français. Au contact étroit avec leurs hôtes, ces derniers sont rapidement devenus Canadiens. Naît alors la Nouvelle-France. Cette belle aventure (1608-1759), avec des ombres, mais surtout des lumières. C'est la concrétisation du rêve de Champlain, célébré par l'historien états-unien David Hackett Fischer.
Québec. Ces quelques milliers de descendants de Champlain, habitants de la Nouvelle-France, déjà métissés avec leurs amis amérindiens - le métissage n'est pas un phénomène nouveau - subissent le changement dramatique imposé par la conquête anglaise de 1759. Tant les Autochtones que les Canadiens de l'époque ont alors commencé à endurer la domination anglo-saxonne caractérisée par cette attitude de supériorité méprisante à l'endroit des vaincus, au point d'essayer de les faire disparaître. Deux noms parmi d'autres : Durham et Amherst.
Québec. C'est la révolte des Patriotes de 1837-38, un des nombreux épisodes de la lutte livrée au quotidien pour ne pas perdre l'identité et la culture héritée de la mère patrie. La solidarité avec les Autochtones s'est malheureusement déjà quelque peu effritée puisque, pour obtenir un meilleur traitement de la part des conquérants, les Canadiens doivent faire ressortir leur ascendance européenne et ne pas trop frayer avec les «sauvages». Triste éloignement!
Québec. C'est la poursuite de la résistance, y compris par la revanche des berceaux. Ces quelques dizaines de milliers de «gens sans culture», appuyés, encadrés ou contrôlés par le clergé catholique, luttent pour avoir leur place au soleil dans ce pays dont ils sont les premiers immigrants.
Québec. C'est l'engagement dans cette autre aventure beaucoup moins heureuse de la Confédération. Les Georges-Étienne Cartier jouent alors le jeu des plus forts dans le but de tenter de se faire reconnaître dans ce Canada supposé confédéré. Les Anglais obtiennent des droits sur le territoire québécois sans que les Canadiens, devenus Canadiens-français, ne reçoivent aucune certitude de pouvoir subsister. 
Québec. Les Canadiens français deviennent Québécois. C'est la Révolution tranquille. Révolution parce qu'on a apporté des changements profonds par rapport au passé, en rejetant parfois des dimensions constitutives de ce que nous sommes. Tranquille parce que, à l'exception de quelques rares et brèves escarmouches sanglantes, le tout se produit dans le respect de toutes et de tous, y compris la minorité anglophone. Et c'est l'apprentissage d'agir en «maîtres chez nous». 
Québec. La loi 101 traduit au plan culturel la fierté récupérée par la prise en main de notre destinée économique. Mais elle perd des plumes. Il lui manque un appui soutenu nécessaire pour arriver à sa pleine efficacité. Certains responsables voient le Rapport Parent, la loi 101 et l'affirmation nationale comme un point d'arrivée alors que ce ne sont que des points de départ pour une réelle reconquête de notre autonomie.
Québec. En ce début du XXIe siècle, ce sont ces dizaines de milliers de descendants de la Nouvelle-France devenus au cours des siècles un peuple tissé serré ayant intégré des mailles de différentes souches et prêt à accueillir toute nouvelle personne qui veut bien venir partager la destinée commune. Ce NOUS québécois est multiple. Il englobe tout autant des Nunez, des Verboczy, des Aiquel, des Kotto, des Lane, des Kathan, des Némeh, des Johnson, des Thuy, des Tang, des Byrnes, des Malavoy, des Ben Saïd, des Kalunda que des Vaillancourt, des Tremblay, des Généreux, des Asselin, des Bouchard, des Amirault...  
Québec. Après 400 ans, les Québécoises et les Québécoises, premiers immigrants et immigrants plus récents, partageant langue et culture communes, forment «quelque chose comme un grand peuple» qu'il est bon de célébrer.
Normand Breault, Montréal