Plutôt que d’induire à une libération accrue des tâches routinières de la vie de tous les jours, le recours constant aux technologies favorise plutôt diverses insécurités, estime l'auteur.

Obsolescence, dépendance et aliénation programmées

Il ne se passe guère que quelques mois avant qu’une nouvelle technologie, mise en marché sous l’appellation d’appareil ou d’outil «intelligent», apparaisse dans notre vie quotidienne.

Grâce aux recherches sur les multiples facettes du fonctionnement du cerveau humain, des scientifiques intéressés par ces questions développent depuis plusieurs décennies ce qu’on qualifie d’«intelligence artificielle» (I.A.). Ces chercheurs ont entrevu les transferts possibles de ces opérations vers des machines sophistiquées, capables de reproduire et de produire des activités similaires à celles couramment effectuées par les humains.

Ces associations prometteuses entre la science et la technologie ont rapidement attiré des promoteurs vers de potentielles retombées financières de ces recherches et de leurs applications. Les succès de l’IA, les multiples utilisations de la robotisation ne cessent désormais de fasciner. Et de plus en plus d’humains les inscrivent dans leur vie quotidienne. Il est désormais acquis que tout produit commercialisable doit être «intelligent». Ce qui ne peut bien évidemment se matérialiser qu’en misant sur une constante mise en marché de nouveautés.

L’omniprésence et les multiples utilisations de l’IA conduisent donc un nombre croissant de personnes à soumettre un éventail élargi de leurs activités à l’enseigne des technologies. Toutefois, plutôt que d’induire à une libération accrue des tâches routinières de la vie de tous les jours, ce recours constant aux technologies favorise plutôt diverses insécurités. Une tendance d’autant plus présente qu’il est maintenant bien connu que l’obsolescence des logiciels et des machines de tout acabit est programmée dès la mise en marché.

De l’IA, on passe presque inéluctablement à ce qu’on pourrait qualifier d’aliénation programmée. On devient accroc des gadgets technologiques. Est-il besoin d’ajouter que l’éden annoncé des bonheurs de l’omniprésence de l’IA risque de déposséder de plus en plus de personnes de l’intelligence que chaque humain met à profit dans sa vie quotidienne : nos capacités d’action sur nos environnements matériels et de création de relations avec d’autres personnes.

Il appartient désormais à chaque personne, à chaque humain «intelligent», de se servir des produits de l’IA sans être soumis aux utopies des uns et à la recherche de profits vite faits des autres, de refuser l’aliénation programmée. Voilà tout un programme!

Serge Genest, Québec