«La colonisation européenne qui a fait son lit sur ce bricolage idéologique va ensuite durablement asseoir cette domination sur le continent. Avec les conséquences que l’on sait, dont celle qui, en faisant de la vie d’un Afrodescendant comme moins importante que celle d’une personne blanche, aboutit au meurtre du 25 mai aux États-Unis», raconte Cheikh A. T. Ndiaye.
«La colonisation européenne qui a fait son lit sur ce bricolage idéologique va ensuite durablement asseoir cette domination sur le continent. Avec les conséquences que l’on sait, dont celle qui, en faisant de la vie d’un Afrodescendant comme moins importante que celle d’une personne blanche, aboutit au meurtre du 25 mai aux États-Unis», raconte Cheikh A. T. Ndiaye.

Nous sommes tannés

POINT DE VUE / Comme Afrodescendants, nous sommes fatigués d’être considérés par beaucoup comme la lie de cette Humanité prise en otage depuis des siècles par une clique. Une clique – un système - qui, par une série de vols dans notre Histoire commune a fait certaines de nos différences dont la couleur de la peau, un mécanisme de domination. 

Le commerce des esclaves africains, transsaharien dès le 7e siècle et transatlantique à partir du 15e pour des raisons purement économiques, aura fini d’instiller dans les imaginaires collectifs, l’infériorité programmée des Afrodescendants. La colonisation européenne qui a fait son lit sur ce bricolage idéologique va ensuite durablement asseoir cette domination sur le continent. Avec les conséquences que l’on sait, dont celle qui, en faisant de la vie d’un Afrodescendant comme moins importante que celle d’une personne blanche, aboutit au meurtre du 25 mai aux États-Unis.

Nous sommes tannés que dans ces imaginaires, on continue d’associer l’ensemble des Afrodescendants - réduits à leur couleur - ainsi que le continent africain aux aspects les plus dégradants de notre condition humaine comme misère et barbarie

Nous sommes tannés de devoir inlassablement justifier notre humanité partout où nous vivons et faire face à un racisme de plus en plus décomplexé et arrogant; un racisme qui, dénué de tout fondement objectif, se drape désormais de mécanismes de discrimination si efficaces mais tellement tolérés, qu’il finit même par développer chez certains de nous un mépris de soi !

Nous sommes tannés de ce ponce-pilatisme toujours de mise dans nos sociétés et où, comme disent les footballeurs, on «botte en touche» quand il s’agit de dénoncer le racisme et la discrimination en nos murs. Combien de fois n’avions-nous pas entendu des personnes bien pensantes nous dire à l’époque des luttes anti-apartheid qu’ici on n’était pas en Afrique du Sud ? Ou que nous ne sommes pas au pays de l’Oncle Sam? Ou que l’esclavage ici n’était pas pareil car nous n’avions pas de champs de coton ? Et que…… Comme s’il existait un degré zéro de racisme et qu’il suffisait de trouver pire ailleurs pour se dédouaner ! 

À l’heure de l’information instantanée, il semble de plus en plus évident que nous allons nous émanciper des arguments spécieux chers aux négateurs du racisme comme l’éternel «Vous exagérez !»

Ce qui en soi, est une manière de décider pour nous du degré de notre indignation devant des actes d’humiliation au nom d’une prétendue supériorité morale. Martin Luther King dans sa Lettre de geôle de Birmingham n’avait-il pas donné cette réponse à ceux qui appelaient les Noirs à la retenue lors des émeutes de 1963 : Ceux qui n’ont jamais senti le dard brûlant de la ségrégation raciale ont beau jeu de dire : Attendez!

Nous sommes tannés d’attendre, surtout de ces gouvernements qui, après des tragédies comme celles trop habituelles aux États-Unis ou de celle du 27 janvier 2017 à Québec, promettent des actions vigoureuses mais qui demeurent souvent sans suites tangibles. 

Il serait donc temps que nous, citoyennes et citoyens mobilisés contre le racisme sous toutes ses formes, dépassions nos hypocrisies et traduisions nos volontés de changements en actes concrets dans notre vie de tous les jours et dans nos milieux respectifs. Nous avons les moyens de vivre en paix dans le respect des différences au nom de nos valeurs humaines communes . Ou de périr ensemble. 

Car le silence reste le meilleur ami de toutes les discriminations, qu’elles soient d’ordre sexuel, racial, ethnique, religieux ou autre. 

We shall overcome!