Selon l'auteure, la plus grande erreur commise par Philippe Couillard et Gaétan Barrette depuis quatre ans est d’avoir traité le personnel des établissements de santé comme de simples marionnettes, exigeant toujours plus de disponibilité, de mobilité et de flexibilité, sans aucun égard aux conséquences sur leur vie professionnelle, personnelle et leur santé.

Nous ne sommes pas vos marionnettes, Monsieur Barrette!

Confrontés à une crise sans précédent dans nos établissements de santé, Philippe Couillard et Gaétan Barrette n’ont d’autre choix que d’admettre l’échec cuisant des politiques budgétaires de leur gouvernement et de leur grande réforme en santé qui devait tout régler.

La plus grande erreur commise par nos deux médecins depuis quatre ans est d’avoir traité le personnel comme de simples marionnettes, exigeant toujours plus de disponibilité, de mobilité et de flexibilité, sans aucun égard aux conséquences sur leur vie professionnelle, personnelle et leur santé. Et qu’ils ne nous disent surtout pas que la crise était imprévisible et qu’ils n’ont rien vu venir, ce serait impardonnable de la part de deux médecins! Il y a une limite à se laver les mains de ses propres méfaits.

La réalité est que ce sont eux qui ont conduit notre système public de santé sur le bord du gouffre où il se trouve présentement. Jamais ils n’ont tenu compte des nombreuses mises en garde lancées publiquement notamment par les syndicats.

L’épuisement professionnel chronique qui affecte le personnel est dû, bien sûr, au manque d’effectifs, au ratio personnel en soins/patients inadéquat, à la surcharge de travail et au temps supplémentaire obligatoire. Mais ce n’est pas tout. L’épuisement professionnel est également dû à la création de postes à temps complet instables et inhumains. Il est totalement inacceptable d’exiger du personnel de devoir travailler, au cours d’une même semaine, sur divers quarts de travail, dans différents départements et parfois dans plusieurs installations sur le territoire.

Une instabilité qui rend malade

Cette façon insensible de gérer les ressources humaines déstabilise les équipes de soins, ce qui engendre des conséquences dommageables sur les travailleuses et les travailleurs : isolement, manque de soutien, insécurité faute de temps pour se familiariser à ces multiples environnements de travail, etc. Pas surprenant que, dans un tel contexte, plusieurs postes à temps complet affichés ne trouvent pas preneur.

Dans une structure aussi complexe de travail et de collaboration, il est essentiel que la stabilité des postes et des équipes de travail soit une priorité. Il faut cesser de gérer notre réseau public de santé et de services sociaux comme s’il s’agissait d’une usine, en maintenant au strict minimum les effectifs sous prétexte d’économie budgétaire et d’une meilleure efficacité. Les patients ne sont pas des pièces automobiles qui peuvent attendre sur une chaîne de montage. Pour bien comprendre et répondre adéquatement à leurs besoins, ça prend du temps, de l’écoute et de la stabilité.

Un gouvernement qui prétend vouloir préserver la qualité de son réseau public de santé et de services sociaux, qui se dit sensible à la réalité de son personnel, doit mettre fin sans délai aux compressions irresponsables imposées au réseau et réinvestir au profit de celles et ceux qui constituent le cœur de notre système public, son personnel. Autrement, la crise ne fera que s’envenimer.

Claire Montour, Présidente, Fédération de la Santé du Québec (FSQ-CSQ)