Pourquoi la Ville ne peut-elle pas faire respecter son règlement adopté légitimement en fonction du cadre bâti du Vieux-Québec et permettre uniquement la construction d’un édifice conforme? demande le président du CCVQ à propos du projet de l’îlot McWilliam.

Nous ne sommes pas des revanchards!

En réaction à la chronique «La revanche des voisins» du journaliste François Bourque paru le 22 juin dans Le Soleil

Le Comité des citoyens du Vieux-Québec (CCVQ) a été surpris de lire la chronique de M. François Bourque dans l’édition du 22 juin. Il prétend que les citoyens du Vieux-Québec mènent une vendetta contre la Ville sur le projet de l’îlot McWilliam. C’est extrêmement choquant et c’est très mal connaître les réels motifs de l’opposition des citoyens. C’est aussi très réducteur d’en arriver à cette conclusion. Sa présence à la rencontre du Conseil de quartier du 19 juin lui aurait pourtant permis de saisir les raisons fondamentales pour lesquelles le CCVQ et les citoyens souhaitent que soit modifié le projet.

Ni le CCVQ ni les résidents du secteur de l’îlot McWilliam ne s’opposent à la construction d’un édifice sur ce terrain inoccupé depuis plus de 70 ans et qui loge un stationnement depuis de nombreuses années. Au contraire, ce bâtiment amènera de nouveaux résidents permanents qui viendront augmenter la population du Vieux-Québec. Cet ajout de résidents s’inscrit d’ailleurs dans le plan d’action de la Table de concertation du Vieux-Québec, qui regroupe divers intervenants du quartier, dont le Conseil de quartier et le Comité des citoyens du Vieux-Québec. L’occupation des espaces vacants du quartier par des édifices résidentiels est grandement souhaitée par tous.

Tout comme les résidents du secteur, le CCVQ s’oppose plutôt à la volumétrie du bâtiment proposé. Le bâtiment de cinq étages avec toits en pente, qui occupera tout l’espace du stationnement, est totalement disproportionné par rapport aux autres résidences qui bordent l’îlot sur trois côtés. Les édifices actuels avec toits en pente ont quatre étages et moins. De plus, le nouveau bâtiment occupera à lui seul les trois lots du site, ce qui augmente son gabarit en regard des autres maisons situées tout autour. Le projet initial était de six étages. Les citoyens du secteur se sont mobilisés et ont participé en grand nombre aux rencontres du 10 décembre 2018 et du 16 mai dernier pour faire valoir leurs appréhensions quant à la volumétrie du projet. Soixante-un résidents habitant près de l’îlot ont manifesté leur opposition quant à la hauteur du futur bâtiment. À la suite des rencontres avec les citoyens, le projet a été ramené à cinq étages. Mais cette réduction n’est pas suffisante et n’enlève rien au gigantisme du projet qui ne fait pas l’unanimité auprès des citoyens et du CCVQ.

De plus, le CCVQ s’oppose à l’adoption d’une dérogation au règlement de zonage actuel établi en 2008. Pourquoi la Ville ne peut pas faire respecter son règlement adopté légitimement en fonction du cadre bâti du secteur et du quartier et permettre uniquement la construction d’un édifice conforme? Les raisons de rentabilité économique invoquées par le propriétaire du terrain pour justifier la hauteur de cinq étages ne sont pas convaincantes. Ce n’est pas la première fois que les citoyens sont confrontés à cet argument. D’autres projets qui ne devaient pas pouvoir se faire sans une dérogation au zonage ont pourtant été réalisés sans que le propriétaire ou le promoteur ne semble en subir les conséquence financières. Par contre, à chaque fois, les citoyens ont dû se rendre jusqu’au référendum pour que leurs revendications soient entendues et que le règlement de zonage soit respecté. Les projets suivants peuvent être cités en exemple : l’îlot Esso au coin des rues Cartier et René-Lévesque (le projet de 6 étages a été ramené à 4 étages), l’îlot Irving à la jonction de la rue Saint-Jean et du chemin Ste-Foy (le projet de 9 étages a été ramené à 6 étages) et le projet de la Maison Béthanie sur la rue Couillard (le projet de 20 condos a été ramené à 12 condos).

Site patrimonial

Enfin, le CCVQ s’inquiète de l’impact de la nouvelle construction sur la préservation de l’intégrité du Vieux-Québec en tant que site patrimonial du Québec et ville du patrimoine mondial de l’UNESCO. Ces deux statuts honorifiques qui reconnaissent la morphologie et le développement historique du Vieux-Québec entraînent des obligations envers la population du Québec et l’humanité quant à la conservation, la préservation et la mise en valeur du Vieux-Québec. Ce site patrimonial ne peut être altéré par de nouvelles constructions qui ne s’intègrent pas dans son cadre bâti. Les citoyens sont doublement inquiets parce que le projet ne respecte pas les orientations proposées par le ministère de la Culture et des Communications dans son projet de Plan de conservation du site patrimonial du Vieux-Québec, notamment les orientations 154 et 161 qui concernent l’intégration harmonieuse d’une nouvelle construction par sa hauteur avec les bâtiments avoisinants et une hauteur cohérente avec le secteur.

Par conséquent, considérant les raisons évoquées plus haut, le CCVQ et les résidents du secteur de l’îlot McWilliam souhaitent ardemment que le projet soit modifié et que sa hauteur soit ramenée à un édifice de quatre étages. Ce sont donc les vraies raisons qui motivent l’action citoyenne, loin de tout esprit revanchard. 

À cet effet, le Comité des citoyens du Vieux-Québec appuie les citoyens dans leurs revendications et s’étonne de la décision qui a été prise par le Conseil de quartier, qui doit représenter les intérêts des citoyens auprès de l’administration municipale, de permettre la construction d’un édifice de cinq étages dans un environnement qui ne s’y prête pas.