Nourrir la démocratie, un sandwich à la fois

Lettre au premier ministre, à tous les élus et aux journalistes, chroniqueurs et gens des médias
Nous sommes un groupe de citoyens, d'âges et de milieux différents. Nos engagements sociaux prennent des formes variées, tout comme nos convictions et appartenances politiques.
Nous nous réunissons chaque vendredi midi devant l'Assemblée nationale depuis maintenant 15 semaines, le temps de manger un sandwich. C'est la façon que nous avons trouvée pour exprimer notre mécontentement envers la situation politique actuelle au Québec et de faire sentir à cet endroit symbolique la présence des citoyens, qui doivent demeurer au coeur de la vie politique.
Nous n'avons pas la prétention de parler au nom de personne d'autre que nous. Cependant, nous sommes convaincus que plusieurs de nos concitoyens s'associeront à nos propos (quelques-uns ont d'ailleurs choisi de se joindre à nous en cosignant ce texte).
Pourquoi nous adressons-nous à vous?
Nous croyons que le climat politique et médiatique est toxique depuis trop longtemps au Québec. Trop de choses alimentent continuellement le cynisme sur un terreau de partisanerie aveugle. Il ne suffit pas d'interdire les applaudissements à l'Assemblée nationale pour élever le niveau des échanges. La politique ne fait plus rêver. On ne se projette plus assez dans l'avenir. 
Pour être de bons citoyens, il faut s'informer, dit-on. Mais aujourd'hui, au Québec, ceux qui s'informent le plus sont ceux qui risquent le plus le découragement. Dans un tel contexte, comment s'étonner que de plus en plus de citoyens se désintéressent de ce qui se passe à l'Assemblée nationale? Vous êtes les mieux placés pour changer cela.
Ce que nous vous demandons
Monsieur le premier ministre : 
Vous prononcerez dans les prochaines semaines un nouveau discours inaugural pour marquer solennellement un nouveau départ pour le gouvernement. Nous souhaitons y trouver plus que des voeux pieux. Il faut des échéanciers précis, un engagement à rendre des comptes. Il faut démontrer que vous êtes conscient du cynisme ambiant et proposer un plan y remédier. 
Évitez la langue de bois. Utilisez les mots «parce que» le plus souvent possible afin d'établir des liens évidents entre vos propositions et les actions que vous mènerez pour concrétiser votre vision du Québec de demain. Exigez aussi de tous vos ministres qu'ils fassent la même chose.
Mesdames et Messieurs les élus, de tous les partis : 
Nous en appelons à votre responsabilité, en votre qualité de représentants de la population québécoise. Si vous croyez, comme nous, que le Québec vit une grave crise démocratique, nous vous demandons de dénoncer, chaque fois que nécessaire, tout ce que vous croyez pouvoir nuire à la confiance déjà fragile des citoyens envers leurs institutions publiques et politiques - et, cela, sans égard aux intérêts partisans.  
Osez privilégier des débats qui font appel au meilleur de vous-mêmes plutôt que de vous confiner aux combats électoralistes.
Journalistes, chroniqueurs et gens des médias :
Nous vous demandons d'interroger plus efficacement les hommes et les femmes politiques. Libérez-vous (libérez-nous!) de la tyrannie du clip. Exigez qu'ils aillent au bout de leurs raisonnements; qu'ils expliquent le «pourquoi» des choses en fournissant des réponses factuelles et rigoureuses. Ignorez les réponses inutilement partisanes. 
Essayez aussi de trouver des façons pour que vos interventions stimulent l'esprit critique, qu'elles suscitent l'engagement et qu'elles facilitent le passage à l'action des citoyens. Le Québec a besoin d'un grand coup de barre. Faites partie de l'effort!
Il faut rester optimistes. Il reste un peu moins de deux ans avant la prochaine élection. Nous comptons sur vous pour en faire une période stimulante au cours de laquelle nous pourrons recommencer à envisager l'avenir du Québec de façon plus positive, à partir de propositions concrètes, bien expliquées, et comprises. La véritable démocratie, quoi!
Nous choisissons d'être optimistes. Parce qu'il le faut. 
Ne nous décevez pas.
Clément Laberge, Marie Lavoie, Martine Rioux, Marie-Claude Côté et 55 autres signataires