Les règlements déposés vendredi dernier par le ministre des Ressources naturelles Pierre Moreau permettent des forages dans nos réserves fauniques et près de nos parcs nationaux, selon le président du Syndicat de la fonction publique.

Nos réserves naturelles passent avant le pétrole

L’ouverture du gouvernement libéral au forage dans nos lacs et rivières a profondément indigné la population québécoise au point où le gouvernement a annoncé, vendredi dernier, qu’il reculait sur cette question.

Pourtant, le ministre Pierre Moreau avait nié l’existence même de cette problématique alors qu’il s’agissait d’un aspect particulièrement scandaleux des règlements qu’il a déposés. Grâce à l’acharnement journalistique et la pression populaire, le ministre a promis de protéger les cours d’eau des forages pétroliers et gaziers.

Comme si cela n’était pas suffisant, une autre pratique obscure et tout aussi nocive pour l’environnement devra également être proscrite par le gouvernement. Peu de citoyennes et de citoyens sont au courant que les règlements déposés par le ministre Moreau permettent également des forages dans nos réserves fauniques et près de nos parcs nationaux. Les pétrolières pourraient même creuser sous ses derniers pour y injecter les substances chimiques nécessaires à la récupération du pétrole!

La menace est bien réelle, car plusieurs compagnies l’envisagent déjà. Par exemple, le projet Gaspésia mené par la compagnie albertaine Pieridae Energy (qui a récemment acheté la compagnie québécoise Pétrolia) empiéterait largement sur la réserve faunique de Matane et celle de Dunière, en plus d’être à la lisière du magnifique Parc national de la Gaspésie.

Le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ), qui représente les travailleuses et les travailleurs de la SÉPAQ, souhaite faire écho à leurs inquiétudes concernant la protection des parcs et réserves du Québec devant une industrie qui ne semble pas consciente de son impact sur l’environnement.

Rappelons que la Loi sur les hydrocarbures adoptée sous le bâillon en 2016 par le gouvernement de Philippe Couillard a ouvert le territoire québécois aux entreprises pétrolières. Cette accélération de la recherche de nouvelles sources de combustibles fossiles va à l’encontre de la direction que le Québec doit prendre devant l’urgence climatique. C’est d’autant plus vrai pour l’essentiel du pétrole potentiellement exploitable sur le territoire québécois, puisqu’il devrait être extrait de façon non conventionnelle, c’est-à-dire par la fracturation hydraulique et d’autres procédés particulièrement polluants.

Heureusement, à ce jour, le forage à l’intérieur des parcs demeure proscrit. Toutefois, le gouvernement accumule un retard croissant par rapport à ses promesses d’accroître les superficies des aires protégées à 17 % d’ici 2020. Les parcs et les réserves passeront-ils en deuxième, après que les pétrolières auront déterminé où elles souhaitent creuser?Alors que Philippe Couillard a affirmé lors de la dernière campagne : «Je ne sacrifierai pas une seule job dans la forêt pour les caribous», comment penser qu’il sera prêt à sacrifier un puits de pétrole au profit d’un parc?

Le Québec recèle des territoires sauvages extraordinaires. Il s’agit pour nous d’une grande richesse, mais aussi d’une grande responsabilité. Dans le contexte de crise écologique actuelle, nous avons le devoir les protéger.

Christian Daigle, président général du SFPQ, qui représente le personnel de la SÉPAQ