Manifestation lors de la première de SLAV, le 26 juin, à Montréal

Ne nous confinons pas à l’étroitesse d’esprit

Je suis citoyen québécois de souche germanique qui, en dilettante, écoute de la musique des grands classiques, tout autant que celle des réputés nôtres dont La Bolduc, Félix, Corneille, Grégory Charles, Marie-Josée Lord. Et, sans m’y limiter dans la diversité, j’entends aussi avec plaisir des incontournables tels Mahalia Jackson, Dave Brubeck, Duke Ellington, Harry Belafonte, Louis Armstrong…

Un Québécois qui ne lit pas que des œuvres québécoises, qui apprécie les arts du théâtre et artistes de toutes natures et origines. Qui cherche à comprendre la situation actuelle à laquelle le monde artistique de la scène paraît confronté avec le désormais dossier SLAV. Qui privilégie nettement le dialogue comme solution au savoir-vivre ensemble auquel il nous convie. Car, au fond, on doit comprendre que le problème, si on veut parler de l’esclavage en général, dépasse largement le seul noir et blanc... et je me disais justement à ce sujet que, dans l’optique d’une équité représentative, la scène de SLAV devrait être immense…

Après avoir lu des textes sur le sujet, j’écoutais à la radio, dimanche le 8 juillet dernier, l’émission radiophonique de Marc Hervieux. Il nous a présenté, entre autres, le fameux extrait de l’opéra Nabucco (Verdi): Le chœur des esclaves. Ce cri du cœur magnifiant la Liberté que la Grecque Nana s’est appropriée.et qui s’applique tous azimuts aux peuples en quête de libération de jougs oppressants. J’ai fait aussitôt le rapprochement avec le SLAV de Lepage/Bonifassi. En pensant que des êtres parmi ces humanités, sont aujourd’hui librement devenus canadiens, à part entière, sans pour autant renier leurs origines historiques et sans qu’ils sentent le besoin d’exercer une suprématie de culture quelconque lorsqu’ils s’en réclament. Serait-ce par l’appropriation unilatérale de toute forme d’art que ce soit: chant, peinture, danse, théâtre, musique, etc.

Comme un symptôme de quelque chose de très grave, le spectacle SLAV est annulé! Pourquoi ce ressac soudain nous assaille-t-il? Parce que, la typologie ethnique des auteurs et des figurants ne serait pas assez acceptable en nombre? Un sujet très délicat! Il y a là un coincement possible de la pensée qui risque de confiner à cette fanatique étroitesse d’esprit qui rappelle, sans en faire l’étalage, les douloureuses tentatives haineuses d’asservissements que des peuples entiers, ont vécues et vivent malheureusement encore.

Allons, du calme! Cessons cette inepte algarade alimentée probablement par une certaine intolérance, difficile à rationaliser en des lieux comme les nôtres, réputés comme des terres d’accueils et non d’écueils. Revenir en arrière, pour moduler les décisions et élargir la vision, serait un signe de maturité et d’une honorable sagesse. S’il vous plaît! … afin que nul ne meure en croyant que l’ART, dans toute l’universalité de son humanité, est une sorte d’expression cloisonnée réservée aux seuls vrais initiés de telles ou telles couleurs! L’ART foisonne pourtant d’arcs-en-ciel.

J’entends encore avec ravissement un certain What a Wonderfull World et le son incomparable de sa trompette!

Gilles Shooner, Québec

NDLR: Cette lettre a été écrite avant l’annonce de l’annulation de Kanata