Selon l'auteur, il est étonnant que le ministre de la Culture envisage la fermeture du Centre d'interprétation de Place-Royale alors qu'il dispose de collections qui lui permettrait d'y présenter de nouvelles expositions pour les 100 prochaines années.

Ne fermez pas le Centre d'interprétation de Place-Royale

Avec raison, nous nous sommes réjouis quand l'UNESCO a inscrit le Vieux-Québec sur la liste du patrimoine mondial en 1985. Québec ville coloniale, Québec ville fortifiée, Québec berceau de la civilisation française d'Amérique. Voilà les motifs qui ont justifié cette inscription.
Cela vient bien entendu avec des exigences. Celle d'abord d'assurer sa conservation, mais aussi celle, tout aussi fondamentale, de permettre aux citoyens du monde venant chez nous à la découverte de leur patrimoine, de trouver ici ce qu'il leur faut pour le comprendre, pour interpréter les monuments et les sites qui en témoignent et qui le rendent réel parce que concrets, tangibles. Patrimoine mondial. Patrimoine de l'Humanité. Les sites du patrimoine mondial sont le patrimoine de tous. Pour cette raison, l'interprétation des motifs qui ont justifié l'inscription du Vieux-Québec est une obligation à laquelle le Canada a souscrit en signant la Convention du patrimoine mondial en 1976. 
Étonnant alors d'entendre notre ministre de la Culture sur qui repose ce devoir de communication et d'éducation affirmer qu'il se délaisse de cette responsabilité en annonçant qu'il envisage la fermeture du Centre d'interprétation de Place-Royale alors qu'il dispose de collections qui lui permettraient d'y présenter de nouvelles expositions pour les 100 prochaines années. Mais où enverrons-nous alors nos millions de visiteurs quand ils nous diront qu'ils veulent comprendre en quoi le Vieux-Québec fait partie de leur histoire et de leur patrimoine? Que leur répondrons-nous quand ils nous rappelleront notre engagement à les renseigner à ce sujet?
Il ne faut pas fermer, mais au contraire rendre plus intéressants ces lieux où sont communiqués et expliqués les raisons qui font de Québec le berceau de la civilisation française en Amérique. Il faut déployer plus d'efforts et investir encore davantage pour mettre en valeur cette noble étiquette qui permet à tous de saisir l'importance de Québec, sa signification et sa place dans l'histoire du monde et dans celle de l'Amérique du Nord en particulier. On parle de déficit de fréquentation. Ne faudrait-il pas plutôt nous inspirer de ce qui a été fait par le Musée national des beaux-arts du Québec lorsqu'il s'est agrandi dans le nouveau Pavillon Pierre Lassonde pour exposer ses riches collections, se rendre plus visible et plus intéressant et par conséquent augmenter sa fréquentation ? 
J'en appelle donc au ministre afin qu'il garde ouverts le Centre d'interprétation de Place-Royale et la maison Chevalier. Je l'invite à faire davantage même, c'est-à-dire à voir loin et, pourquoi pas, à mettre en oeuvre, par exemple, un projet qui permettrait aux Québécois, Canadiens et Nord-Américains que nous sommes non seulement de mieux comprendre nos origines, mais aussi d'apprécier la démesure, l'humanisme et le génie exceptionnel de cet homme, Samuel de Champlain, qui s'est installé sur le site de la place Royale en 1608, fondant ainsi cette ville merveilleuse qui est la nôtre et que nous partageons désormais, en partie tout au moins, avec l'Humanité tout entière. Cet homme, plus grand que nature, mérite certainement mieux que le vide de mémoire dont nous le gratifions en ce moment et dont les fragiles traces laissées par son oeuvre pourtant magistrale auront disparu définitivement une fois que sera fermé le Centre d'interprétation et que la place Royale aura perdu ce qui lui donne son sens.
Michel Bonnette, urbaniste et ex-directeur scientifique de l'Organisation des villes du patrimoine mondial