Comme plusieurs citoyens de Limoilou, Jean-Yves Desgagné est d’avis que le projet de vente de vapeur provenant de l’incinérateur de la Ville de Québec au Nouveau complexe hospitalier projeté sur le site de l’hôpital Enfant-Jésus est inacceptable.

N’achetez pas la vapeur de l’incinérateur

Lettre à Mme Gertrude Bourdon, présidente-directrice générale du CHU de Québec-Université Laval

Nous avons appris que la Ville de Québec envisageait de vendre de la vapeur provenant de son incinérateur au nouveau complexe hospitalier (NCH) projeté sur le site de l’hôpital Enfant-Jésus. 

Selon la Ville de Québec, «[...] ce projet de partenariat avec le CHU de Québec-Université Laval (CHU) sera profitable pour l’ensemble des citoyens, car la Ville en tirera des revenus et le CHU fera des économies annuelles appréciables». 

Nous, citoyens et citoyennes de Limoilou, préoccupés de développement durable, de qualité de vie et de santé publique, tenons à vous informer qu’un tel projet, s’il a possiblement des mérites sur le plan financier, n’est pas acceptable socialement pour la population de la Ville de Québec, et encore moins pour la population de l’arrondissement La Cité-Limoilou, affectée plus directement par les impacts des activités de l’incinérateur. 

Selon le Direction de la santé publique (DSP) de la Capitale-Nationale, l’espérance de vie à la naissance à Limoilou–Basse-Ville–Vanier est d’environ 6,5 ans inférieure comparativement à celle des territoires de Sainte-Foy, Sillery et Laurentien. Selon nous, un tel écart d’espérance de vie ne peut s’expliquer que par deux facteurs reconnus par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme étant des déterminants de la santé d’une population, soit les conditions socioéconomiques et l’environnement. 

Sur le plan des conditions socioéconomiques, la population de Limoilou–Basse-Ville–Vanier est une population plus âgée, moins scolarisée, où l’on retrouve deux fois plus de familles monoparentales et trois fois plus de gens vivant en situation de pauvreté comparativement au territoire de Sainte-Foy, Sillery et Laurentien. Au niveau de l’environnement, on retrouve la présence de plusieurs activités industrielles contribuant à un cumul des risques pour la santé de la population : 

1) un quartier enclavé par trois autoroutes; 

2) traversé par un chemin de fer transportant des matières dangereuses et par un boulevard Henri-Bourassa, servant de porte d’entrée des camions lourds au Port de Québec; 

3) la présence des cinq industries polluantes suivantes : un incinérateur, en fin de vie utile, qui devait être fermé en 2024; une entreprise de récupération de métaux; une papetière; une entreprise de fabrication de papiers fins et le Port de Québec. 

Selon la Commission de coopération environnementale (CCE), la papetière et l’incinérateur sont considérés comme deux industries parmi les plus polluantes en Amérique du Nord. En 2007, la Direction de la santé publique de la Capitale-Nationale, tout en reconnaissant être incapable de faire une analyse globale de risque à la santé résultant des activités de l’incinérateur, recommandait une réduction progressive de 50 % de la capacité de l’incinérateur avec modernisation partielle des installations actuelles. 

Entre 2005 et 2011, reconnaissant cette problématique, la Ville de Québec consacre plus de 60 millions $ dans la modernisation de cet équipement. Malgré cela, les émanations toxiques persistent. Des campagnes d’échantillonnage menées à l’automne 2016 ont révélé que l’incinérateur dépassait encore les normes réglementaires de pollution de l’air. Des rejets toxiques de mercure, de dioxines et de furanes ont été observés en excès cette même année, ce qui va à l’encontre des règlements du MDDELCC. 

Malgré tout l’argent investi, la norme de monoxyde de carbone est encore trop souvent dépassée, ce qui est un indicateur d’une mauvaise combustion. Si on ajoute à cela que des produits reconnus comme étant dangereux ne sont même pas triés avant même leur incinération; que les systèmes de filtration au charbon pour le mercure et les dioxines et furanes utilisés depuis des dizaines d’années sont maintenant jugés inefficaces par la Ville de Québec nécessitant par le fait même de nouveaux investissements, et que les tests de pollutions de l’air pour le mercure et les dioxines et furanes ne sont pas faits selon les règles de l’art, on ne peut pas être étonné que cet équipement continue à produire des émanations toxiques. 

Alors que des technologies propres à ce type d’industrie permettent actuellement un tri complet des matières et incidemment de récupérer et valoriser 90 % des matières vouées à l’incinération, la Ville persiste dans son intention de faire durer dans le temps cet équipement. 

Après 40 ans d’opération, l’incinérateur de la Ville de Québec n’est toujours pas sécuritaire. Celui-ci continue à émettre des rejets toxiques associés à différentes maladies : lymphome malin non hodgkinien, myélome, sarcome des tissus mous, maladies pulmonaires, etc. La direction du NCH, en acceptant la proposition de la Ville de Québec d’acheter de la vapeur de l’incinérateur pour ses besoins énergétiques, contribuerait, selon nous, à prolonger la durée de vie de cet équipement toxique pour la santé de la population de Limoilou. 

Nous citoyens, citoyennes de Limoilou, croyons que la santé de la population doit primer sur les intérêts financiers. Parce que le projet de vente-achat de vapeur contribuera à prolonger la durée de vie de l’incinérateur au-delà de 2024, et qu’il est nuisible à moyen et long terme à la qualité de vie des citoyens, citoyennes de Limoilou, nous vous invitons donc à rejeter cette proposition de la Ville de Québec. 

Jean-Yves Desgagnés, résident du quartier Maizerets 

Vingt-cinq autres résidents ou ex-résidents de Limoilou ont signé cette lettre d’opinion, soit Amélie Lorrain, Annie Léonard, Arron Haselhorst, Bärbel Reinke, Benoit Morissette, Bianca Lamarre, Cécile Cormier, Céline Dubord, Chantal Dubeau, Christine Gauthier, Corinne Vézeau, Denis Leroux, Ginette Lewis, Jean-Philippe Lessard-Beaupré, Jorge Fontecilla, Katia Ouellet, Linda Gosselin, Louis Duchesne, Marie-Hélène Deshaies, Noélla Fortin, Réjean Fortin, Sébastien Bouchard, Serge Déry, Véronique Lalande, Victorio Montenegro