Parmi les pesticides qui seraient interdits, trois appartiennent à la famille des néonicotinoïdes, associés au déclin des colonies d'abeilles.

Mortalité des abeilles: l'aveuglement volontaire des producteurs de grains

Je ne peux pas lire la position des Producteurs de grains du Québec et de son président, Christian Overbeek, sans réagir. Son attitude au sujet des néonicotinoïdes me rappelle celle de Trump envers les changements climatiques : de l'aveuglement volontaire.
Pour commencer, M. Overbeek fonde son opinion sur le Rapport sur la mortalité hivernale des colonies d'abeilles produit par l'ACPA. La méthodologie de ce rapport se base sur les réponses d'apiculteurs, et non sur des recherches scientifiques et toxicologiques. Le rapport indique toutefois noir sur blanc qu'un des facteurs à privilégier pour réduire la mortalité des abeilles est de tenter de réduire l'exposition aux pesticides. Une problématique multifactorielle ne saurait s'arrêter à une simple liste de quatre éléments : chacun de ces éléments découle lui aussi d'éléments plus complexes et il va sans dire que l'usage des néonicotinoïdes fait partie d'éléments secondaires à considérer.
Il ne faut pas être naïf : bien sûr que les néonicotinoïdes sont nocifs pour les abeilles, ce sont des produits créés spécifiquement pour atteindre le système nerveux des insectes! Des tas de recherches scientifiques le démontrent : l'exposition des abeilles aux néonicotinoïdes les affaiblit et nuit à leurs chances de survie pendant l'hiver. J'aimerais souligner en particulier le travail de Tsvetkov et all., 2017, qui a été effectué au Canada près de champs de maïs traités aux néonicotinoïdes ainsi que celui de Fauser et all., 2017, qui détermine que l'exposition aux néonicotinoïdes nuit plus à la survie des insectes pollinisateurs que les parasites. Des tas d'autres études pourraient être citées, mais ce n'est pas l'endroit pour le faire. Ce ne sont pas seulement les abeilles et bourdons qui sont touchés : les oiseaux, les vers de terre (essentiels à une terre riche et en santé), les papillons, bref tout l'écosystème est touché par ces pesticides qui restent dans l'environnement longtemps après leur utilisation.
La plus utilisée
Les néonicotinoïdes forment aujourd'hui la famille d'insecticides la plus utilisée dans le monde. Certains chercheurs comparent d'ailleurs la situation actuelle à celle décrite par le célèbre ouvrage Printemps silencieux écrit par Rachel Carson en 1962.
Je suis consciente que leur utilisation permet des récoltes plus riches et il serait idiot de remplacer les néonicotinoïdes par des pesticides plus nocifs encore. Nous devons tout de même nous poser la question comme société : jusqu'où sommes-nous prêts à aller si nous désirons nous entêter à voir à court terme plutôt qu'à long terme et en assumer les conséquences? Mais croire que les néonicotinoïdes ne sont pas nocifs pour les abeilles... il ne faut pas exagérer tout de même!
Marie-Michèle Chartier, Québec