Le 20 juillet, la ministre de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion, Kathleen Weil, annonçait la tenue prochaine d'une consultation sur la discrimination systémique et le racisme.

Monsieur Couillard, vous errez!

Monsieur Philippe Couillard, vous errez quand vous laissez entendre que les Québécois seraient «racistes de façon systémique». Par des allusions malsaines et des amalgames à peine voilés, vous attisez les braises de l'intolérance, de la fermeture et de la xénophobie.
Est-ce par ignorance ou de façon délibérée que vous insinuez que les Québécois ne seraient pas ouverts aux autres et n'accepteraient que difficilement les différences entre les races, les cultures et les idiosyncrasies, alors que toute notre histoire ne fait que démontrer le contraire, depuis plus de 400 ans? 
Il est étonnant qu'un homme instruit et cultivé comme vous n'ait pas encore compris l'essence véritable du Québec profond, un Québec métissé serré certes, mais qui a toujours accepté l'autre. Les Européens blancs et Français, dont nous sommes issus ont été acceptés par les peuples autochtones qui ont contribué à leur adoption. Au fil de notre histoire, nous avons accueilli l'immigrant irlandais, italien, grec, latino-américain, asiatique (vietnamien en particulier) et maghrébin. 
Celui qui a fait preuve de racisme à notre égard, persuadé de la supériorité de sa «race» n'est-il pas davantage le conquérant anglais superbe et dominateur? Une commission d'enquête sur le «racisme systémique» risque fort de ranimer de vieilles blessures et d'envenimer l'éternel psychodrame canado-québécois et le débat identitaire culpabilisateur.
Le racisme, selon le dictionnaire, est «une idéologie fondée sur la croyance qu'il existe une hiérarchie entre les groupes humains». Le racisme systémique étant une exclusion de «l'autre», ne serait-il pas insidieusement de plus en plus présent dans le système politique canadien-anglais qui n'a plus besoin du Canada français (Québec) pour gouverner? 
Le tragique événement de la mosquée de Sainte-Foy a montré qu'une grande majorité de Québécois se sent solidaire des Arabes et des musulmans, et rejette toute violence contre l'autre, l'immigrant et l'étranger. Nous sommes avant tout des êtres humains, ni pires, ni meilleurs que les autres, ni inférieurs, ni supérieurs, mais tout simplement autres. 
Le fond culturel judéo-chrétien qui nous habite a pétri en nous des valeurs de partage, d'accueil, de tolérance, d'entraide, de coopération et de solidarité. Ces valeurs humanistes laïcisées, on les retrouve en 1793 dans la Déclaration des droits de l'homme issue de la Révolution française, puis universalisées par l'ONU en 1948 : «Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits». Il s'agit d'un legs pour l'humanité tout entière. 
Le «racisme» que l'on veut nous faire admettre est celui qui nous situe, dans la hiérarchie des races, tout en bas, depuis Lord Durham jusqu'aux publications du magazine Maclean's qui martèle (sous la signature d'Andrew Potter) «le nombrilisme et le manque crasse de solidarité québécois». 
«Nous les morons, nous sommes nihilistes, dysfonctionnels, mesquins et centrés sur nous-mêmes [...] une société pathologiquement aliénée, une société de peu de confiance et qui a un déficit de capital social le plus élémentaire», une société que les autres Canadiens prennent pour acquis, commentait la journaliste Sophie Durocher, dans le Journal de Québec le 21 mars. 
La loi 101 aurait inspiré la tuerie de Dawson et serait un signe de racisme chez ces Québécois pure laine qui osent imposer leur langue. On se rappellera également l'utilisation du Bonhomme Carnaval de Québec sous le titre The Most Corrupt Province of Canada en page couverture du MacLean's d'octobre 2010.
Le racisme systémique, ce sont les égarements du premier ministre du Canada, Justin Trudeau, qui cautionne le documentaire quasi méprisant envers le peuple québécois produit par le réseau anglais de Radio-Canada : Canada : The Story of Us, en 50 historiettes divertissantes. Ce film, pensé en anglais et voulu par des Canadiens-anglais, pour des Canadiens-anglais, oblitère énormément l'histoire du Canada français devenu le Québec. Philippe Couillard le reconnaît difficilement, que du bout des lèvres.
C'est un déni identitaire qui tient d'un racisme insidieux dans l'État plurinational canadien. Qui sont ces Us dans le titre du documentaire, qui cherche à faire paraître l'autre peuple fondateur comme traître, bête, sale, déguenillé, voire méchant? Les Us, c'est le Rest of Canada, le ROC, tandis que d'autre part on retrouve les You, ce peuple que Pierre-Elliott Trudeau qualifiait  de «tribu», des Québécois tout juste bons pour additionner des votes en temps d'élection. Son fils Justin n'a-t-il pas déclaré tout récemment que les Québécois n'étaient pas, tout compte fait, bons pour la gouvernance?
Quelle expertise reconnaître à un premier ministre du Canada qui a solennellement affirmé, le 9 avril 2017, que c'est à Vimy, en France, qu'est né le Canada, il y a 100 ans, en 1917? Quel cafouillage! Du n'importe quoi, comme d'habitude. Le baptême du sang peut-il oblitérer 50 ans de Confédération canadienne et plus de 480 ans d'histoire?
Le document officiel du 150e anniversaire peut-il ignorer les moments charnières de l'histoire des francophones, les quatre siècles de la création de la Nouvelle-France, la création de Port-Royal en 1605, la déportation des Acadiens, la crise de la conscription lors de la Seconde Guerre mondiale, la négation des droits des francophones et des métis en Ontario et au Manitoba, l'histoire des patriotes de 1837-1838, les 12 000 ans de présence amérindienne et la conquête de l'égalité homme-femme? 
Monsieur Couillard, vous errez en créant cette consultation sur le racisme systémique et vous attisez ainsi les braises de l'intolérance, de la fermeture et de la xénophobie. On s'en souviendra. 
Jean-Louis Bourque, politologue