Le gouvernement du Québec, en abandonnant le programme de procréation assistée, n’a aucunement considéré ceux et celles qui étaient déjà impliqués dans le processus, croit l’auteure.

Mon rêve d’avoir un enfant s’éloigne

En réaction à l’éditorial «Infertilité: le bébé et l’eau du bain» de Jean-François Cliche, paru le 18 juillet

Je suis de celles qui ont pu bénéficier en partie du programme créé en 2010, mais qui se sont retrouvées le bec à l’eau du jour au lendemain lorsque le PLQ a décidé de «tirer la plogue».

Pour faire une histoire courte, j’avais 34 ans quand nous avons décidé mon conjoint et moi de consulter. Nous étions en couple depuis deux ans et vivions ensemble depuis un an. Après  ces 12 mois, aucun bébé ne se pointait. Une fois que j’ai eu en main l’ordonnance de mon médecin de famille pour m’inscrire en 2013 dans le programme de fertilité du gouvernement, cela a pris quatre mois pour avoir un rendez-vous au CHUL de Québec. 

Après plusieurs tests, tout indique que c’est ma machine à moi qui semble mal fonctionner. Pendant un an, je prends du Clomid pour régulariser mes ovulations. Effets secondaires : bouffées de chaleur comme si j’étais ménopausée, syndrome PMS en permanence et prise de poids. Je suis tombée enceinte dès le premier mois du traitement, mais on apprend qu’il s’agit d’une grossesse ectopique. Donc, biopsie de l’utérus (je ne vous le recommande pas), suivie d’un choc vagal et injection d’un médicament ressemblant fortement à de la chimio pour désintégrer le bébé qui ne se développe pas au bon endroit.

On ne se décourage pas, on continue. Ironie du sort, à un moment donné, je dois prendre la pilule du lendemain, car il y a six ovules matures qui se développent et, pour une femme de mon âge, les médecins ne préconisent pas plus de quatre ovules. En plus de la méthode naturelle, nous passons à l’insémination. Pas très romantique. Monsieur doit faire l’amour avec un Tupperware, et aller porter le dépôt à l’hôpital en matinée et Madame, dans l’après-midi, doit aller se faire injecter par une seringue.

Aucun résultat. Après une coloration des trompes qui est non concluante  et un deuxième choc vagal, mon médecin traitant me réfère chez Procréa. Nous avons droit à trois essais en FIV. Nous voilà alors en 2015 et en début d’année, je plonge tête première dans un premier cycle de fécondation in vitro avec un résultat négatif. Je dois attendre en juin pour faire mon deuxième essai. À cause d’une complication, je ne peux pas me faire inséminer les deux ovules qui ont été fécondés tout de suite. Donc j’ai deux petits popsicles au frais.

Septembre, ça y est. Transfert des popsicles et je tombe enceinte!.. pour perdre le ou les futurs bébés trois semaines plus tard. OK, on fait le troisième essai. Rendez-vous début décembre 2015. Mais quelques semaines avant la date prévue, le gouvernement dit ciao-bye au programme et le tout prend fin abruptement. Aucune douceur, aucune considération pour ceux et celles qui sont en plein dedans. Le réveil est brutal et cela fait mal. De plus, il est très difficile d’obtenir des réponses, que ce soit de la part du gouvernement ou encore de Procréa. 

Je ne me décourage pas. Je retourne au CHUL où finalement je subis une opération exploratoire en janvier 2017, tout en essayant de survivre à la séparation de mon couple. Résultat : endométriose et les deux trompes complètement bouchées, en plus de mes ovules polifolliculaires. Donc le seul moyen pour moi d’avoir un enfant est par fécondation in vitro.

Dans les trois ans et demi où je me suis démenée pour avoir un enfant, j’étais émotionnellement stable, j’étais en couple, j’avais un toit, un bon travail, j’étais bien entourée. J’avais un environnement parfait pour avoir une famille. Sauf que j’étais physiquement incapable d’en avoir. J’ai trois conditions physiques qui font en sorte qu’il m’est impossible d’avoir un enfant sans aide. Ma carte-soleil me sert donc à quoi?

Le programme coûtait trop cher dans sa forme initiale et il y avait des abus. Soit, j’en conviens. Est-ce qu’il y avait moyen de le revoir, de mettre en place des balises claires? Je crois que oui, mais selon les dires du gouvernement, il n’y avait pas d’argent disponible... Bizarre que la rémunération des médecins a explosé pas très longtemps après. Je ne suis pas politicienne, je ne suis pas économiste, j’ai pourtant une très bonne culture et je me tiens informée. Mais j’ai l’impression qu’une certaine profession a été outrageusement gâtée au détriment de leurs patients.

À 40 ans aujourd’hui, je vois mon rêve d’avoir un enfant s’éloigner tout doucement. Je n’étais pas gourmande dans ma demande d’avoir des enfants, je n’en demandais pas cinq... un seul aurait été suffisant.

Merci d’avoir soulevé le point, M. Cliche... en espérant que cela aide ceux et celles qui viendront après moi.

Annie-France Martel, Québec