Jean-Claude Picard a été journaliste, auteur et professeur.
Jean-Claude Picard a été journaliste, auteur et professeur.

Mon ami Jean-Claude… en deux temps

Florian Sauvageau
Florian Sauvageau
Professeur émérite de l’Université Laval et ancien du Soleil
C’était en 1968. Chaque jour, en fin d’après-midi, un journaliste dans la jeune vingtaine arrivait à la rédaction du Soleil. Son pupitre était près de mon bureau. Nous échangions parfois brièvement, sans plus. J’étais alors le directeur de l’information du journal. Il était préposé à ce que nous appelions à l’époque le follow-up. Il devait en soirée reprendre les nouvelles importantes de la journée et y ajouter des éléments originaux pour le journal du lendemain. Ce qu’il faisait fort bien et avec enthousiasme.

Ce jeune homme, Jean-Claude Picard, était aussi étudiant en science politique à l’Université Laval. C’était l’époque ou Léon Dion, Fernand Dumont, Vincent Lemieux, Gérard Bergeron et d’autres faisaient de la Faculté des Sciences sociales un haut lieu de réflexion et de débats des enjeux politiques et sociaux du Québec en ébullition. De Paris à Berkeley, la planète étudiante était alors en mode contestation. Les étudiants québécois participaient à la quête mondiale de changements.

Le Soleil, en pleine mutation, avait embauché quelques-uns de ces étudiants ou nouveaux diplômés de Laval, dont Jean-Claude et Micheline Paradis, qui allait devenir sa conjointe. Ils eurent vite fait de jouer un rôle actif dans un mouvement déjà amorcé au journal, où les journalistes réclamaient une place plus grande dans la prise de décision en matière d’information. Le terme «participation» était un mot-fétiche de l’époque.

Jean-Claude avait le verbe haut et devint vite l’un des leaders des journalistes. Il m’est arrivé de penser que ces «jeunes gens» — qui n’avaient en fait que quelques années de moins que moi, voulaient aller trop vite. Mais je n’ai jamais douté de leur souci du service public et de leur attachement profond au journalisme qu’Ils contribueront largement à revigorer dans les années qui suivront.

Je n’aurais jamais imaginé à l’époque que, quelques décennies plus tard, Jean-Claude Picard deviendrait mon collègue à cette même Université Laval et que nous participerions ensemble à la formation des futurs journalistes. Jean-Claude a joué un rôle primordial dans l’essentielle formation pratique des étudiants, trop souvent négligée dans l’univers académique. Bien qu’adepte inconditionnel de la presse écrite, et réservé (le terme est faible) vis-à-vis de la technologie, il a réalisé, au début des années 2000, avec un autre ancien du Soleil, François Demers, l’adaptation du journal-école L’Exemplaire à l’ère numérique.

Plus de cinquante ans ont passé depuis Le Soleil et 1968. Au fil des ans, j’ai appris à apprécier Jean-Claude. J’avais connu le jeune journaliste fougueux, parfois impétueux, j’ai découvert l’homme généreux, le père et le grand-père attentionné. Nous sommes devenus des amis. Je nous revois au restaurant, il y a quelques mois à peine, deux septuagénaires dissertant de l’état du journalisme et de projets d’avenir! Il en avait un, qui l’enthousiasmait comme à ses vingt ans, la biographie du journaliste, poète et ancien ministre Gérald Godin.

Jean-Claude Picard est parti abruptement, mais ses enseignements resteront longtemps présents au Soleil et dans de nombreuses autres rédactions du Québec. Les dizaines de journalistes qu’il a contribué à former y perpétuent ses conseils et le respect des règles de base du journalisme (la vérification au premier chef), dont on a tant besoin à l’ère des réseaux sociaux débridés.