«Si tout le monde avait été aussi respectueux des consignes, si nous nous étions tous mis ensemble partout dans le monde et avions travaillé ensemble, le virus aurait pu être maîtrisé au niveau mondial en deux mois [...]», pense M. Jarilowsky.
«Si tout le monde avait été aussi respectueux des consignes, si nous nous étions tous mis ensemble partout dans le monde et avions travaillé ensemble, le virus aurait pu être maîtrisé au niveau mondial en deux mois [...]», pense M. Jarilowsky.

Mobilisons-nous contre notre ennemi commun

Stephen A. Jarislowsky
Stephen A. Jarislowsky
C.C G.O.Q
POINT DE VUE / Aujourd’hui, en Amérique du Nord, la majorité des citoyens ont eu la chance d’être nés à une époque de paix mondiale – en fait, les 75 années les plus pacifiques de l’histoire du monde. Cependant, nous sommes depuis quelques mois confrontés au virus de la COVID-19 de façon très soudaine. 

Contrôler cette maladie peut sembler insurmontable pour plusieurs d’entre nous, mais ce n’est pas le cas. Dans quelques semaines, j’aurai 95 ans…ma génération a vécu et surmonté à la fois la Grande Dépression et la Seconde Guerre mondiale. Quand Hitler a envahi la France en 1940, j’ai fui Paris. En 1941, je me suis échappé en Amérique et en 1944, j’ai été enrôlé dans l’armée américaine qui m’a posté au Japon.

À cette époque, la guerre et l’effondrement économique nous semblaient également insurmontables, mais ce sont des catastrophes comme celles-ci nous ont appris l’importance de la résilience et comment vraiment travailler ensemble en étant des alliés, peu importe nos croyances politiques, religieuses ou notre appartenance culturelle. Nous avons appris, après tant de souffrances à penser à l’avenir et son importance, à penser scientifiquement et clairement. Nous devions survivre. Notre mode de vie et nos vies étaient en jeu.

Les générations suivantes n’ont pas eu ces expériences, mais de nombreux pays qui ont vécu la guerre et toutes sortes d’épreuves tels le Vietnam, la Corée du Sud et l’Allemagne, ont fait face à la pandémie plus efficacement que nous. Peut-être que leurs citoyens sont plus habitués à faire des sacrifices personnels, et que leurs dirigeants, qui ont su faire abstraction des allégeances politiques, ont reconnu dans le virus de la COVID-19 un ennemi beaucoup plus rapidement que nos dirigeants l’ont fait ici. Ils ont donc pu se mobiliser et mobiliser leurs populations plus rapidement, fermer les frontières, agir sur la base de la science disponible et donner l’exemple aux autres.

Si tout le monde avait été aussi respectueux des consignes, si nous nous étions tous mis ensemble partout dans le monde et avions travaillé ensemble, le virus aurait pu être maîtrisé au niveau mondial en deux mois et nous ne serions probablement pas aussi dépendants de trouver un vaccin afin de survivre à cette pandémie qui nous affecte sur tous les fronts et de façon mondiale. 

À l’inverse, si nous ne sommes pas plus disciplinés que nous ne l’avons été, si nous ne respectons pas les consignes, etc., nous n’aurons que des revers, nous perdrons nos emplois et des êtres chers. Nous avons vu des cas de super-propagation où, dans les lieux publics à haute fréquentation, une personne a pu en contaminer à elle seule 50 autres et ces 50 en infecter d’autres, et ainsi de suite. Il est donc temps de s’appuyer non seulement sur nos dirigeants et la fonction publique, mais de s’unir véritablement en tant que communautés pour arrêter ce virus dans son élan et l’éliminer : c’est notre ennemi commun.

Afin de se préparer à une deuxième vague à Montréal, quatre fondations philanthropiques collaborent depuis plusieurs mois à développer des interventions basées sur les différentes communautés et ce, par territoire. Dirigés par monsieur Félix-Antoine Véronneau, une personne expérimentée qui a lutté contre les épidémies d’Ebola et de choléra à travers le monde, et aidé par la Croix-Rouge, nous fournissons un financement provisoire d’urgence pour mobiliser immédiatement les quartiers les plus durement touchés par la COVID-19. Nous réunissons des leaders communautaires ainsi que des bénévoles locaux qui connaissent leurs arrondissements, leurs populations et leurs enjeux spécifiques - qu’ils soient linguistiques, socio-économiques ou autres - afin d’aborder et de régler la situation à la source. En effet, seuls les membres de la communauté elle-même sauront qui a besoin d’aide pour faire ses courses, qui qui a besoin d’en savoir plus sur l’importance de la distanciation dans sa propre langue, qui devrait se faire tester, qui est isolé, bref comment rejoindre le mieux possible tous ceux qui ont besoin d’aide et de services.

Nous avons récemment mis ce plan en marche à Montréal-Nord et à Ahuntsic-Cartierville, afin que ces deux arrondissements puissent gérer plus efficacement la diffusion des informations de santé sur les masques, les distances et autres mesures, et ainsi avoir accès à des centres de test locaux sur place, à plus de tests pour les travailleurs de première ligne et une aide de base. Nous sommes également en pleine phase de planification avec quatre autres arrondissements de Montréal qui développent des plans similaires mais adaptés à leurs besoins et leur population. De plus, nous assisterons Laval, qui s’est tourné vers nous pour l’aider à élaborer son plan global.

Nos quatre fondations se sont engagées pour une période de quatre mois à aider d’urgence ces six arrondissements à lutter contre le virus de la seule façon possible de le combattre, au niveau local. Cependant, pour bien faire les choses, tous nos arrondissements et nos villes devront se mobiliser rapidement comme le font ces six pionniers. Nous recherchons donc plus de partenaires locaux, plus de bénévoles ainsi que d’autres fondations québécoises pour aider à déployer ces plans à travers la ville et la province. Nous demandons également que les gouvernements provincial, municipal et fédéral, ainsi que leur fonction publique, se joignent à nous afin que cette approche puisse se poursuivre longtemps après la fin des quatre premiers mois.

Le Québec peut, en fait, donner l’exemple au reste de notre pays, si nous nous unissons tous, si nous nous levons tous et faisons notre part, notre devoir de citoyen. Ce projet requiert de la discipline, de l’intelligence et de la réflexion - et la détermination qui découle de la protection de sa communauté. Nous devons mettre de côté nos différences et nos préjugés, tout comme nous l’avons fait lorsque j’étais jeune. Parce que nous pouvons gagner contre la COVID-19; il s’agit simplement de travailler tous ensemble au niveau local, partout dans le monde.

Et lorsque nous aurons gagné, nos organisations et nos lignes de communication devront rester intactes pour lutter contre les catastrophes à venir. Nous entrons dans une période d’incertitude, lorsque les changements de notre climat peuvent entraîner de nouvelles pandémies, de nouvelles catastrophes naturelles et de nouveaux niveaux de troubles. Nous devons rester mobilisés et unis pour naviguer dans les années à venir.