Mme la ministre, ne soutenez pas l’insoutenable

Lettre à MarieChantal Chassé, ministre de l’Environnement

Alors que vous êtes dans vos derniers préparatifs pour représenter le Québec à la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP24) en Pologne, nous savons que vous êtes consciente de l’ampleur du travail à faire et de l’urgence grandissante de réduire nos émissions de gaz à effet de serre (GES).

Comme vous le savez, le récent bilan de nos émissions de GES n’est pas reluisant. Nous faisons du surplace et, pire, nous reculons dans le secteur des transports, qui est encore celui qui plombe la performance du Québec dans ses efforts de lutte contre les changements climatiques.

Le problème réside dans l’explosion du parc automobile, lui-même causé par un étalement urbain qui gagne de plus en plus de terrain. Entre 1971 et 2006, alors que la population des régions métropolitaines de recensement du Québec augmentait de 62%, la superficie qu’elles occupaient grimpait de 261%. On habite de plus en plus loin des centres urbains, de notre lieu de travail et d’études, ce qui nous fait parcourir de plus grandes distances chaque jour. Entre 1990 et 2013, les Québécois ont ainsi parcouru en moyenne 1500 km de plus par année!

Vous vous joignez à ce grand rendez-vous planétaire alors que votre gouvernement s’est engagé à réaliser un projet qui va à l’encontre de la lutte contre les changements climatiques : un troisième lien routier entre les rives sud et nord de Québec. Il s’agit d’une bien inconfortable posture puisque ce projet aurait l’odieux d’annuler bien des efforts que les Québécois auraient consentis pour lutter contre les changements climatiques.

Nous sommes d’accord avec le premier ministre François Legault : les décisions publiques, et d’autant plus celles qui impliquent des milliards, doivent être prises sur des faits et non pas dictées par des idéologies.

Or, la science démontre que l’ajout de liens routiers ne permet ni de réduire la congestion ni d’optimiser le transport des personnes et des biens. Les experts affirment ainsi que le troisième lien entraînerait un étalement urbain, synonyme d’une augmentation du parc automobile, du nombre de kilomètres parcourus, et donc de nos émissions de gaz à effet de serre. Ces prévisions sont d’ailleurs corroborées par tous les projets de ce type réalisés au Québec et à travers le monde.

Madame la Ministre, nous vous offrons toute notre collaboration pour que le Québec puisse être un joueur de premier plan dans cet effort mondial de lutte contre les changements climatiques. Pour ce faire, il nous faudra tous ensemble s’attaquer à notre plus grande faiblesse : le secteur des transports. Le Québec doit miser sur les transports en commun et des politiques fortes et aménagement du territoire et en urbanisme et des cibles plus ambitieuses en électrification des transports.

Alors que vous rejoignez la planète pour nous engager à agir tous ensemble, souhaitons-nous d’avancer et de nous libérer des projets qui annuleraient nos efforts pour protéger le climat.

Bonne conférence internationale sur le climat!

Étienne Grandmont, directeur général, Accès transports viables

Sidney Ribaux, cofondateur et directeur général, Équiterre

Karel Mayrand, directeur général, Fondation David Suzuki

Sarah V. Doyon, directrice générale, Trajectoire Québec

Alexandre Turgeon, directeur général, Conseil régional de l’environnement de la Capitale-Nationale

Christian Savard, directeur général, Vivre en Ville