Mise à mort de quatre arbres matures et en pleine santé

Il y a actuellement un projet de construction d’une habitation multifamiliale au coin des rues Turgeon et Christophe-Colomb Est. Ce projet comporte l’abattage de quatre arbres matures, dont un borde la rue Turgeon et les trois autres la rue Christophe-Colomb Est. Dans le cas de Turgeon, la perte d’arbres matures en bordure de rue serait de 100% et de 33% pour Christophe-Colomb Est. Ces quatre arbres, des lilas japonais, mesurent environ sept mètres de haut et sont âgés d’environ 25 ans. Ils sont parfaitement bien adaptés à leur environnement urbain et sont en excellente santé. Ils se situent en plein cœur d’un îlot de chaleur, c’est-à-dire là où chaque arbre compte.

Rappelons que les arbres émettent de l’oxygène, captent du carbone, produisent de l’ombre et nous rafraîchissent en période de canicule. Ils contribuent aussi à réguler les écoulements d’eau et donc à diminuer les risques d’inondation et de refoulement d’égout. Ils servent aussi d’habitat pour de nombreuses espèces végétales et animales dont des oiseaux. En somme, les arbres sont nos principaux alliés dans la lutte aux changements climatiques et sans eux nous allons perdre cette bataille. Chaque arbre doit donc être considéré comme très précieux. Par conséquent la décision d’abattre ces quatre arbres est complètement absurde et particulièrement scandaleuse dans le contexte actuel.

Malheureusement, si ces arbres étaient abattus, ils le seraient en toute légalité puisque la Ville de Québec l’a autorisé. Cette autorisation se base sur la règlementation municipale en matière d’abattage d’arbres. Celle-ci stipule que «L’abattage d’un arbre est autorisé si l’arbre constitue un obstacle à la réalisation d’un aménagement, d’une construction ou de travaux pour lesquels un permis a été délivré».

En clair: une entreprise qui détient un permis de construction peut abattre tous les arbres qu’elle veut en fonction de ses intérêts commerciaux. Cette autorisation vient avec l’obligation de produire un couvert végétal de surface équivalente. Cependant, il est impossible de remplacer un arbre dont les racines plongent à 1,5 m de profondeur et dont la canopée s’étend sur sept mètres de hauteur par des graminées (foin) de 60 cm et/ou des arbres en pot dont la stature sera toujours bien inférieure à celle d’arbres matures.

En somme, la ville, qui s’est pourtant dotée d’une Vision intitulée Place aux arbres, ne protège aucunement les arbres existants dès qu’il s’agit d’accommoder un promoteur.

Nous pensons qu’il serait grand temps que la Ville de Québec modifie sa règlementation archaïque pour se donner les véritables moyens de protéger les arbres existants et donc ses citoyens pour enfin passer au 21e siècle. Le retard actuel de la Ville se manifeste dans l’ensemble de ses politiques de verdissement. En effet, depuis 2011, Verdir et Divertir demande des modifications à la réglementation visant à augmenter le verdissement au centre-ville tel que l’obligation de marges de recul pour permettre la plantation de plantes grimpantes sur les nouvelles constructions ainsi que l’augmentation du pourcentage d’aire verte obligatoire. L’organisme déplore le fait que la Ville ait été à contre-sens de ses demandes en maintenant ou diminuant le pourcentage d’aire verte dans la réglementation allant même jusqu’à refuser des dérogations aux citoyens demandant la permission de mettre des marges de recul sur leur future construction.

Julie Turgeon et Pierre Duchesne
Verdir et Divertir