Durant la campagne électorale, Philippe Couillard a fait des visites éclair en Gaspésie et au Bas-Saint-Laurent.

Minoritaire pour donner un levier aux régions?

BILLET / Les régions sont jusqu’à maintenant les parents pauvres de la campagne électorale. François Legault, de la CAQ, n’a pas mis les pieds dans l’Est-du-Québec depuis treize mois, et encore moins en campagne.

Philippe Couillard a fait des visites éclair en Gaspésie et au Bas-Saint-Laurent. Jean-François Lisée, du Parti québécois, et Gabriel Nadeau-Dubois, de Québec solidaire, ont fait des arrêts plus longs.

En Gaspésie, M. Nadeau-Dubois a sans doute marqué des points sur la question d’un arrêt de l’exploration pétrolière, mais il s’est trompé en privilégiant à outrance le transport des passagers en autocar du côté sud de la péninsule alors que les gens ont hâte de ravoir le train, cinq ans après la suspension du service de Via Rail. Malgré ses imperfections, ce service est significativement plus confortable que l’autobus.

Ayant l’impression d’être largués par plusieurs partis, les gens des régions s’en remettent aux candidats qui sembleront les plus aptes à les défendre. Conséquemment, ces gens favorisent de plus en plus l’élection d’un gouvernement minoritaire.

Ils y voient une façon, peut-être la seule, d’avoir une sorte de balance du pouvoir, considérant les lacunes de la CAQ en développement régional et le passage à tabac que les libéraux ont fait vivre à la ruralité depuis 2014.

Lors du débat à TVA jeudi, François Legault a probablement anéanti les chances de son parti, s’il en restait, dans l’un ou l’autre des neuf sièges de la Gaspésie, des Îles-de-la-Madeleine, de la Côte-Nord et du Bas-Saint-Laurent en s’en prenant de nouveau à l’industrie éolienne. Il a faussement mentionné que les contrats éoliens de la Gaspésie avaient coûté 2,5 milliards $ aux contribuables québécois.

En réalité, ce chiffre s’étend à tout le Québec, et il est nettement exagéré. Il est contenu dans le rapport de la Vérificatrice générale, qui semble avoir de la difficulté à comprendre que depuis 1990, il n’est plus possible de produire de l’électricité au même coût que l’énergie du bloc patrimonial. Toute électricité, de quelque source renouvelable que ce soit, aurait entraîné une hausse de la facture d’Hydro-Québec. En s’en prenant à l’énergie éolienne et à la Gaspésie, M. Legault a sans doute jugé qu’il gagnerait des votes ailleurs.

Philippe Couillard tente quant à lui de rattraper quatre années de mesures extrêmement dures à l’endroit des régions du Québec. Le cas de la Gaspésie illustre bien le défi qui attend les candidats libéraux de plusieurs régions ayant goûté à l’austérité à grandes doses.

M. Couillard a horreur du mot austérité, mais comment appeler autrement une réduction du budget routier de 41,6 % entre son arrivée au pouvoir en 2014 et 2017?

Depuis des années, la démographie et les transports constituent les deux enjeux majeurs de la péninsule, et d’autres régions. Entre 2014 et 2017, le gouvernement Couillard a pourtant sabré 95 % du budget de la Stratégie d’établissement durable, l‘organisme chargé de recruter de nouveaux arrivants, dont de la main-d’œuvre. Cet organisme était considéré comme un exemple à suivre ailleurs. Une compression de 95 % ne relève pas du contrôle des dépenses; c’est du travail de tronçonneuse.

Le budget consacré la réfection du chemin de fer gaspésien a été pratiquement aboli à compter de 2014, avant que M. Couillard vienne annoncer 100 millions $, sans échéancier, il y a 17 mois. L’acceptation de coupe de 65 % dans la desserte d’autocar et le maintien de tarifs aériens stratosphériques passent encore très mal en Gaspésie comme ailleurs.

La démographie et les transports y constituaient pourtant les deux enjeux majeurs depuis des années. Faut-il se surprendre que les ruraux sortent du présent mandat avec l’impression d’avoir été oubliés?

Quel signal enverront-ils le 1er octobre? Le vote n’est pas un phénomène collectif selon duquel l’électorat décide sciemment de se doter d’un gouvernement minoritaire.

Toutefois, dans l’Est-du-Québec, où sept des neuf circonscriptions sont dans l’opposition, il serait surprenant de voir les électeurs opter massivement pour les libéraux et les caquistes, s’ils perçoivent qu’un autre passage à vide pointe à l’horizon. Considérant les résultats serrés attendus au Québec, les ruraux pourraient ainsi détenir une certaine balance du pouvoir.