Mettre la démocratie au centre des prochaines élections

Citoyens, journalistes et acteurs politiques, lors des deux prochaines échéances électorales québécoises, au municipal et au provincial, c'est vous qui déciderez de ce qui sera mis au débat. Sera-t-il encore essentiellement question de l'immigration, d'identité, de souveraineté, de corruption?
L'humanité fait face à de nouveaux défis colossaux : 
- Catastrophes climatiques provoquées par notre mauvaise gestion de l'environnement et qui engendrent des flux migratoires massifs. 
- Accroissement des écarts de richesses. 
- Conflits internationaux avec des présidents de Corée du Nord, d'Iran, de Russie et des États-Unis imprévisibles.
Comment s'organiser pour répondre efficacement à ces défis, à l'échelle de la planète, des États, de nos villes et dans nos vies quotidiennes?
Voilà la question que nous proposons de mettre au centre des débats lors des prochaines élections. Elle prend une place croissante ailleurs : en France, Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon portaient des propositions très ambitieuses pour une transition citoyenne. À sa manière, Emmanuel Macron a lui aussi surfé sur la vague du besoin de renouveau démocratique.
Aux États-Unis, Bernie Sanders parle à une partie de la jeunesse en mettant au coeur de son projet la démocratie et la lutte contre la puissance des lobbies. 
En Espagne, le parti Podemos a gagné des élections locales sur ce thème. Madrid et Barcelone sont devenues de véritables laboratoires de cette nouvelle citoyenneté active. 
Même la victoire de certains populismes crée de la confusion chez ceux qui souhaitent un renouveau démocratique. Un peu partout dans le monde, les citoyens aspirent à une politique plus simple, où ils pourraient jouer un rôle en dehors des élections et entretenir une relation plus directe avec les dirigeants. Mais on ne leur offre peut-être que des illusions... Donald Trump a voulu incarner l'anti-langue de bois, l'anti-establishment, le lien direct avec le peuple, et plusieurs électeurs se sont accrochés à lui comme à une bouée de sauvetage. Marine Le Pen joue dans le même mauvais film, en France. C'est désolant!
La question démocratique n'est ni de gauche, ni de droite, ni libérale, ni fédéraliste, ni souverainiste, ni autonomiste, ni socialiste. Elle n'appartient à aucun parti politique.
Elle ne peut pas être dissociée de la transition numérique que nous sommes en train de vivre. Une société connectée, c'est une société qui se donne les moyens de développer le pouvoir d'agir de ses citoyens. C'est l'essence même du mot démocratie : demos cratos, qui veut dire le pouvoir au peuple. Internet peut nourrir cette promesse démocratique d'une répartition plus équilibrée du pouvoir de décider et d'agir ensemble en faveur de l'intérêt général. 
Mais attention, le numérique représente aussi une menace : la surveillance de masse, le fichage des citoyens, la disparition de la vie privée et l'impact environnemental du numérique sont des risques réels!
Et si nos régions étaient conçues comme des organisations dont le rôle principal est d'outiller le citoyen, de faire du lien, de permettre les initiatives collectives et d'expérimenter une démocratie ouverte et permanente? Alors les régions ne seront pas «un échelon administratif en plus», mais bel et bien une réponse commune apportée aux grandes questions de notre temps!
Imaginez un peu la création de collectivités dont le rôle central serait de permettre aux citoyens de se former et de s'engager au quotidien en faveur de défis économiques, sociaux et environnementaux auxquels ils auraient envie de s'attaquer. Imaginez un service public qui n'est plus dans une posture de faire pour les gens, à leur place, comme une prestation de service où on dirait «j'ai voté» comme on dirait «j'ai payé et j'attends un service en retour», mais plutôt une puissance publique qui est là pour offrir un maximum d'opportunité d'engagement à ses citoyens.
Jean-François Gauthier et Armel Le Coz, co-fondateurs du collectif Démocratie ouverte et conférenciers invités en clôture du Forum des Idées pour le Québec.