Nous avons été nombreux à marcher vers le Parlement d’Ottawa, vendredi dernier.

Marche pour la Terre: la suite

OPINION / Nous avons été nombreux à marcher vers le Parlement d’Ottawa, vendredi dernier. Nombreux à partager notre inquiétude et notre espoir. Mais ils étaient plus nombreux à ne pas marcher. Certains par contraintes, d’autres par mépris pour la cause… La plupart par indifférence. Il faut changer cela.

Aux marcheurs, merci! Vous m’avez fait du bien… Je crois que nous nous sommes fait du bien. Dans ma démarche environnementale, je suis généralement confronté au silence, à l’apathie et souvent aussi à des réactions défensives, parfois hostiles. Ça m’a fait du bien de réaliser que je n’étais pas seul à m’inquiéter. Ça m’a donné de l’espoir de voir tous ces jeunes, très bien informés, d’une grande lucidité. Ça m’a fait du bien de constater que les adultes y croyaient aussi, solidaires face à l’urgence climatique.

Mais ce n’est que le début.

Nous nous sommes dévoilés, mais ce n’est pas pour revenir à la routine. Les choses doivent changer. La marche n’est pas terminée. Le maire de la Ville de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, disait qu’il avait besoin de ce genre de manifestation pour légitimer les actions environnementales. Devant les pressions économiques, le désir d’inertie et l’obsession du confort personnel, les leaders sensibles à la cause environnementale ont besoin de sentir notre support. Il faut faire savoir que nous priorisons la santé de notre environnement aux profits, aux taxes, à la routine et autres nids-de-poules. Il faut le dire en votant, il faut le dire en s’exprimant publiquement, sans complexe.

Aux travailleurs, il faut amener les considérations environnementales sur nos lieux de travail. Il faut réduire l’empreinte de nos actions et en faire une priorité. Il faut faire un bilan, identifier les changements qui s’imposent. Il faut faire valoir l’environnement auprès de nos collègues, face aux habituelles priorités accordées à l’accomplissement étroit des tâches pour lesquelles nous sommes payés. Nous n’avons pas à contribuer à la destruction de l’environnement pour jouer le jeu de l’économie. Nous pouvons refuser, revoir, progressivement réduire. Nous devons le faire.

Aux gestionnaires, soyez de vrais leaders. Favorisez les choix nobles à ceux qui favoriseront votre promotion ou faciliteront les échanges avec vos pairs. Cela fait partie de vos responsabilités. L’avenir de l’entreprise ou du gouvernement qui vous engage repose davantage sur la santé de l’environnement que sur les résultats trimestriels. Assurez-vous que l’institution pour laquelle vous travaillez reflète les valeurs de ses membres, partenaires et clients. Il y a urgence climatique!

Aux jeunes, vous allez progressivement intégrer un marché du travail compétitif et restrictif. On s’attendra de vous que vous soyez professionnels et performants. Vous risquez de bâtir des projets personnels qui seront intimement liés à votre performance sur le marché du travail. Votre revenu de travail vous permettra d’acheter une voiture, une maison, de voyager, de consommer. Ce faisant, vous risquez de dépendre de vos revenus, de vous aliéner à votre travail… et d’en oublier l’urgence climatique.

N’oubliez pas. Vous entrerez dans un monde où l’environnement n’est pas aussi présent mais ne l’oubliez pas. Au contraire, intégrez-le à votre nouvel environnement de travail. Pensez-y quand vous développerez vos propres projets. Restez jeunes d’idées. Restez libres. Restez verts.

À ceux qui hésitent, informez-vous. L’urgence climatique est réelle. Il faut y faire face. Et dites-vous que la transition exigée nous mènera vers un monde meilleur. Un monde où notre travail ne sera plus d’exploiter la nature dans le but de se complaire dans un monde de téléphones intelligents, de véhicules obèse et de photos de voyages. La transition nous mènera vers un monde où seront valorisées les relations humaines qui, elles, n’émettent aucun gaz à effet de serre.

Pour faire rouler l’économie, faut-il absolument détruire la nature pour produire des objets jetables?

Pour faire rouler l’économie, pourquoi ne pas investir dans nous, notre éducation, notre santé, nos communautés et notre culture?

Non aux énergies fossiles. Oui aux énergies vivantes! Il y avait un gros gisement d’énergie durable, vendredi, dans les rues de Gatineau et d’Ottawa. Exploitons-là!

Mathieu Charron,

Professeur,

Département des sciences sociales,

Université du Québec en Outaouais