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M. Girard, taxer le tabac, c’est taxer un produit qui tue

Collectif d'auteurs
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POINT DE VUE / Monsieur le ministre des Finances Éric Girard. Très conscients que le Québec vient de franchir le cap des 10 000 décès liés aux complications de la COVID-19 et que notre système de santé est à bout de souffle avec d’innombrables travailleurs épuisés par la pandémie, nous vous interpellons afin de vous proposer des mesures qui auront pour effet d’alléger l’engorgement de nos hôpitaux et de réduire les immenses dépenses en santé, tout en générant de nouveaux revenus pour l’État.

En somme, nous vous demandons de raviver la politique dormante de la taxation des produits du tabac et d’instaurer une nouvelle taxe spécifique pour la nouvelle génération de produits qui mènent nos jeunes vers la dépendance à la nicotine par l’entremise du vapotage.

Rappelons que le tabac n’est pas un bien de consommation comme les autres, mais un véritable tueur silencieux. Chaque année, 13 000 fumeurs québécois perdent la vie et le traitement de milliers de fumeurs malades entraine des coûts directs de près de 1,5 milliard $ qui pèsent sur notre système de santé. Au total, le tabac coûte quelque quatre milliards$ à notre société lorsqu’on tient compte de l’ensemble des coûts indirects, dont ceux découlant de la baisse de la productivité.

Quelque 13 000 décès évitables, c’est 13 000 décès de trop. C’est comme si le coronavirus monopolisait, année après année, notre système de santé. En cinq ans, c’est l’équivalent de la population entière de votre circonscription de Groulx qui s’envolerait en fumée, décimant les populations entières des villes de Boisbriand, Rosemère et Sainte-Thérèse.

Au-delà du nombre de décès, nombreux sont les fumeurs qui doivent régulièrement visiter les professionnels de la santé pour traiter les maladies causées ou aggravées par la cigarette. De plus, les récentes données montrent que les fumeurs sont significativement plus à risque de développer des complications et de mourir de la COVID-19. Rappelons que le tiers des lits d’hôpitaux sont occupés par des gens affectés par les conséquences du tabac.

Selon de nombreuses organisations comme l’Organisation mondiale de la santé et la Banque mondiale, la taxe sur le tabac compte parmi les mesures les plus efficaces pour réduire le tabagisme, pour ne pas dire la plus efficace. En effet, la taxation diminue le nombre de fumeurs, allège le fardeau sur le système de santé, tout en permettant de générer de nouveaux revenus substantiels. D’ailleurs, la hausse de la taxe sur les cigarettes pour éventuellement rejoindre le niveau de l’Ontario, deuxième plus basse au pays, réduirait de 40 000 le nombre de fumeurs et permettrait de recueillir près de 1,5 milliard $ sur cinq ans, soit la somme additionnelle des investissements annoncés lors de votre dernière mise à jour économique pour relancer l’économie du Québec d’ici trois ans. Entretemps le Québec demeure, et de loin, l’endroit où les produits du tabac sont les moins taxés au pays.

Popularité croissante des produits de vapotage

Nous sommes également préoccupés par la popularité croissante des produits de vapotage auprès des jeunes. Un élève du secondaire sur trois vapote quotidiennement ou presque. Une étude récemment publiée dans la revue scientifique Pediatrics avance que les jeunes qui vapotent avant l’âge de 18 ans ont trois fois plus de chances de devenir fumeurs. 

Pire, certains chercheurs estiment que cette dynamique pourrait renverser la tendance du déclin du tabagisme et créer une nouvelle génération de fumeurs! C’est pour ces raisons que nous vous demandons d’instaurer une taxe spécifique sur les produits de vapotage. En effet, il est tout à fait justifié d’instaurer une taxe sur ces produits de façon à réduire leur abordabilité auprès des jeunes. Même avec une taxe, les liquides de vapotage demeureront moins dispendieux que les cigarettes.

Le Québec, longtemps considéré comme un chef de file dans la lutte contre le tabac, devra faire des efforts considérables pour atteindre les objectifs qu’il s’était donnés il y a quelques années et qui sont, par ailleurs, réitérés dans la stratégie gouvernementale sans tabac 2020-2025. Effectivement, le Québec compte présentement 17 % de fumeurs alors que le taux visé est de 10 % ou moins d’ici 2025. À titre comparatif, le taux de tabagisme n’a baissé que d’un seul point de pourcentage entre 2016 et 2019. Force est de constater que l’objectif sera impossible à atteindre sans la mise en place de hausses de taxes robustes.

Au moment même où l’importance des vaccins prend tout son sens, soulignons que la taxation du tabac constitue en soi un «vaccin» éprouvé et puissant contre l’épidémie du tabagisme qui demeure la première cause de décès évitables au Québec.

Dr Richard Bélanger, médecin de l’adolescence, Centre mère-enfant Soleil, CHU de Québec, Université Laval

Stéphane Boudreau, directeur général adjoint, Réseau du sport étudiant du Québec

Dr Nicholas Chadi, pédiatre spécialisé en médecine de l’adolescence, CHU Sainte-Justine, Université de Montréal

Dre Marie Laure Hemery, présidente, Association des spécialistes en médecins préventive du Québec

Carl Julien, vice-président, Québec, Fondation des maladies du cœur et de l’AVC

Guy Desrosiers, directeur général, Capsana

Flory Doucas, codirectrice, Coalition québécoise pour le contrôle du tabac

Dr Sean Gilman, directeur, Programme d’abandon du tabac, Centre universitaire de santé McGill

Dominique Massie, directrice générale, Association pulmonaire du Québec

Dre Alex-Ane Mathieu, présidente, Jeunes médecins pour la santé publique

Diego Mena, vice-président, initiatives stratégiques, mission et engagement, Société canadienne du cancer

Annie Papageorgiou, directrice générale, Conseil québécois sur le tabac et la santé

Dr Kevin Schwartzman, directeur, Division de pneumologie, Centre universitaire de santé McGill