Le logo de Google, bien en vue dans les bureaux de l'entreprise à Bruxelles.

Lutte contre la cybercriminalité ou censure?

La décision de la Cour suprême du Canada dans le cas Google Inc. c. Equustek Solutions Inc. a le mérite de confirmer la souveraineté de la juridiction canadienne.
Je comprends les inquiétudes par rapport à l'idéal d'un Internet neutre et libre. La peur qu'un régime autoritaire récupère le cas pour s'attaquer à la liberté d'expression n'est pas infondée.
Or si la liberté d'expression se veut un principe universel, son heureuse présence ou sa déplorable absence dans le concret relève des juridictions souveraines.
De plus, impliquer la liberté d'expression dans cette affaire contribue à la confusion entre la lutte légitime contre des formes de cybercriminalité et des entreprises de censure illégitime de points de vue dérangeants.
On peut d'ailleurs relativiser la contribution de la multinationale à la neutralité. Le référencement Google est une marchandise dont l'un des principaux commerçants est Google lui-même. Le résultat d'une recherche sur la plate-forme n'est donc pas qu'un résultat objectif d'une requête au sein d'une base de données, c'est aussi l'affichage d'une vitrine publicitaire. Son service originel n'est donc pas neutre, il est influencé, car monnayé.
Peu avant sa mort, l'auteur, chercheur, et vulgarisateur en géopolitique Jean-Christophe Victor soulignait par rapport aux frontières litigieuses que «Google Maps a choisi de ne pas prendre la référence internationale, que sont les cartes des Nations Unies, et de s'adapter à la vision de chaque partie».
Google n'aligne donc pas son service cartographique sur une référence neutre. Elle le module selon les attentes du gouvernement en place au sein du territoire où se trouve l'internaute. Nous repasserons donc aussi pour la liberté d'expression, qu'elle soit sur le plan mondial ou national.
Google profite certes de la liberté d'expression à d'autres occasions. C'est la liberté d'expression qui lui permet en sol canadien de prétendre pouvoir se dédouaner de ses responsabilités - inhérente à son omnipotence - au nom de celle-ci.
Google n'a pas du tout la vulnérabilité d'une petite entreprise ou d'un particulier en cas de vol de technologie. Elle ne sera ni ruinée par l'acte ni ruinée par des procédures judiciaires même si elles devaient se faire dans plus d'un pays.
Protéger les droits commerciaux des plus petits et vulnérables face aux grands géants transnationaux n'offre-t-il pas un rempart de plus dans la lutte des droits civiques et politiques dans le cyberespace?
Antoine Desgagnés, Québec