L’urbanisation, l’agriculture et le maire Labeaume

POINT DE VUE / Après plus de trois ans d’un travail d’analyse et de sensibilisation, notre groupe «Voix citoyenne» salue la décision des instances gouvernementales de rejeter le Schéma d’aménagement et de développement révisé (SADR) de l’agglomération de Québec. Il faut se réjouir du fait que le message porté par des voix de plus en plus nombreuses ait vraiment été entendu et compris. Cette décision oblige les élus à remplacer ce Schéma pour respecter l’intégralité de la zone agricole. L’avis gouvernemental indique aussi que les orientations du SADR pour le périmètre urbain doivent être questionnées.

Évidemment, ça ne fait pas l’affaire de l’administration Labeaume, qui compte toutefois procéder rapidement pour refaire ses devoirs, en excluant cette fois les terres agricoles «pour l’instant», afin de permettre la mise en oeuvre des autres éléments du SADR. Pour réaliser l’agrandissement du périmètre urbain souhaité par les élus de l’agglomération, il leur faudrait obtenir de la Commission de protection du territoire agricole (CPTAQ) un «dézonage» des superficies ciblées, soit 567 hectares.

Il y a de quoi s’interroger quand on écoute la réaction du maire à l’égard de l’intervention du conseiller Jean Rousseau à la fin de la séance du conseil du 18 novembre dernier.

Le conseiller proposait alors de saisir cette occasion pour travailler à une densification harmonieuse de la ville, de réfléchir au maintien de la vocation des terres agricoles, notamment celles des Sœurs de la Charité, et d’élaborer une mise en place de l’agriculture urbaine. Le maire a répliqué que les terres des Sœurs de la Charité sont une propriété privée et que c’était inutile de discuter au conseil d’un plan de production agricole pour ces terres, il lui a plutôt suggéré d’aller voir le propriétaire.

Comment se fait-il que le maire de Québec invoque aujourd’hui le caractère privé des terres des Soeurs de la Charité pour laisser croire à son impuissance quant à y maintenir une vocation agricole à long terme, alors que depuis décembre 2014, il s’est fait le promoteur enthousiaste d’un projet résidentiel privé sur ce même site? À quoi rime ce double discours au juste?

Voix citoyenne est d’accord avec Jean Rousseau: les terres des Sœurs de la Charité sont dotées d’un excellent potentiel agricole et d’ailleurs toujours en culture. Nous savons qu’à l’époque où les Soeurs étaient responsables de l’Hôpital Robert-Giffard, ces terres avaient une fonction nourricière, mais aussi sociale et thérapeutique. Pourquoi ne pourraient-elles pas dans l’avenir servir à nourrir la ville, tout en répondant à divers besoins, comme l’insertion sociale ? Elles sont d’ailleurs cultivées en continu depuis le début des années 1700 et, dans le contexte des changements climatiques, elles pourraient devenir un garde-manger de proximité.

Une fois de plus, Régis Labeaume fait preuve d’un certain mépris à l’égard du rôle de l’agriculture pour l’avenir de sa ville.

Il est pourtant clair que les autorités municipales ont le pouvoir de maintenir la vocation agricole à long terme des terres en zone agricole.

Voix citoyenne (Mireille Bonin, Monique Gagnon, Pierrette Paiement, Claudine Dorval) Québec