Le 31 août dernier, un communiqué de la Ville de Québec présentait les détails du projet d’agrandissement de la zone portuaire Laurentia et du développement du secteur Littoral Est, situé entre Limoilou, Maizerets et Beauport. On y confirmait notamment un partenariat entre la Ville de Québec, l’Université Laval, la Chambre de commerce et d’industrie de Québec et le Port de Québec.
Le 31 août dernier, un communiqué de la Ville de Québec présentait les détails du projet d’agrandissement de la zone portuaire Laurentia et du développement du secteur Littoral Est, situé entre Limoilou, Maizerets et Beauport. On y confirmait notamment un partenariat entre la Ville de Québec, l’Université Laval, la Chambre de commerce et d’industrie de Québec et le Port de Québec.

L’Université Laval, complice d’un écocide?

Collectif
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POINT DE VUE / Le 31 août dernier, un communiqué de la Ville de Québec présentait les détails du projet d’agrandissement de la zone portuaire Laurentia et du développement du secteur Littoral Est, situé entre Limoilou, Maizerets et Beauport. On y confirmait notamment un partenariat entre la Ville de Québec, l’Université Laval, la Chambre de commerce et d’industrie de Québec et le Port de Québec.

À bien des égards, nous croyons qu’une telle complicité entre une institution publique, comme l’Université Laval et certains promoteurs ou industries du secteur privé, est inacceptable.

À ce jour, les activités industrielles entourant le secteur portuaire occasionnent plus d’inquiétudes et de destructions écosystémiques qu’autre chose, et aucune recherche scientifique sérieuse ne tend à nous rassurer.

Dans le dernier Inventaire québécois des émissions de gaz à effet de serre, on constate que les transports constituent 43,3 % des émissions globales du Québec, la seconde place étant occupée par l’industrie à 30,5 %. Cela signifie que le transport des marchandises ainsi que l’ensemble des processus industriels liés à l’extraction, la manutention et la transformation des matières qui convergent au Port de Québec augmenteraient significativement les émissions dans des secteurs d’activités – déjà parmi les plus nocifs de la province – dont le bilan doit, au contraire, s’améliorer. En d’autres termes, ce point de convergence d’une industrie mondialisée contribue à l’intoxication de l’air ambiant et à l’exacerbation des déséquilibres climatiques. Le projet Laurentia, quant à lui, augmentera la capacité de transit vers le port, sans considération pour ces impacts écologiques.

De plus, l’activité portuaire détruit les écosystèmes marins du Saint-Laurent, notamment en menaçant l’habitat des bars rayés et des bélugas et, comme le souligne SOS Port de Québec, l’équivalent de «72 terrains de football en milieux naturels». C’est sans compter l’ensemble des externalités environnementales et sociales qui se perdent dans les limbes d’un système d’échange mondialisé. On peut donc en conclure que ces activités auxquelles participe l’Université Laval sont écocidaires.

Disons que de telles pratiques sont assez gênantes pour une université qui prétend vouloir «réduire l’empreinte carbone du portefeuille de titres de participation [...] de 50 % d’ici 2030» et «poursuivre ses actions en vue de préserver et d’améliorer la qualité de vie des personnes sans compromettre celle d’autrui et celle des générations à venir.» Comment l’Université Laval peut-elle réconcilier ces objectifs en s’associant au projet Laurentia, dans le contexte d’un partenariat avec le Port de Québec?

Santé publique

En 2018, Slavko Sebez, ancien directeur de la Santé publique, soulignait, en pointant une étude, que «le taux de mortalité par cancer du poumon est deux fois plus élevé dans Limoilou-Vanier qu’à Sainte-Foy-Sillery [...]». C’est face à ce genre de constats aberrants que se sont mobilisés des citoyen-nes dans Limoilou afin de dénoncer la nocivité des activités du Port de Québec; le documentaire «Bras de Fer» expose bien les injustices de cette lutte populaire qui oppose David à Goliath.

L’équation est assez simple : des milliers de véhicules (trains, voitures, camions, navires) convergent quotidiennement vers le secteur industriel en produisant des émissions toxiques tandis que les matières poussiéreuses du Port sont entreposées à ciel ouvert. Le tout, à quelques mètres des quartiers les plus densément peuplés de la capitale. Mais jusqu’à quel point peut-on dégrader la qualité des milieux de vie sans que les citoyen-nes ne se révoltent?

Participation citoyenne

Depuis deux ans, Québec, ville résiliente, une vision d’aménagement proposant de transformer les secteurs industriels du Littoral Est en milieux de vie basés sur l’écologie, les communs et les mobilités actives, chemine auprès des citoyen-nes. Le Conseil de quartier de Maizerets a même adopté officiellement la proposition et formé un comité de réflexion citoyen pour soutenir et renforcer les idées. En effet, le Plaidoyer pour un Littoral Est écologique, social et économique élaboré par les membres du conseil propose de nombreux critères, répartis selon cinq grands thèmes, conditionnels à la réalisation du projet. Parmi ceux-ci, on retrouve des exigences liées à la régénération des écosystèmes, la renaturalisation des berges, l’accès public au fleuve, l’implantation de corridors écologiques, des superficies dédiées à l’agriculture urbaine, l’intégration de plus de 50 % de logements sociaux et abordables, bref, des critères qui auraient de quoi inspirer les plus belles citations sur le site web de l’Université Laval.

Ironiquement, on retrouve déjà sur ce site web l’intention de «promouvoir la recherche-action sur la démocratie participative liée à l’environnement et la compréhension des processus de participation publique.» Alors pourquoi, dans un tel contexte, Sophie D’Amours, rectrice de l’Université Laval, préfère-t-elle le Port de Québec aux citoyen-nes qui défendent le bien commun sans être perverti-es par des intérêts financiers ou politiques?

D’un point de vue éthique, l’Université Laval sera en conflit d’intérêts lorsque viendra le financement des recherches sur le Port de Québec, et ce, sans compter l’autocensure à laquelle seront soumis les chercheur-es face à leurs bailleurs de fonds. Dans tous les cas, ces partenariats nocifs canalisant des fonds publics vers des intérêts privés, occasionnant une dégradation écosystémique, illustrent certains problèmes d’éthique dans nos institutions publiques.

Par respect envers les générations suivantes, nous exigeons (1) un désinvestissement total de toutes formes d’implications universitaires (recherches, partenariats, conférences, etc.) dans ce type de projets écocidaires, (2) la contribution de groupes étudiants au développement de la réflexion proposée par le Conseil de quartier de Maizerets, ainsi que (3) la formation d’un comité de vigilance étudiant et citoyen capable d’intervenir dans l’allocation des fonds universitaires.

Il y a tout de même des limites à vouloir sacrifier la vie au nom de l’économie.

Signataires

Anthony Cadoret, étudiant à la maîtrise en aménagement du territoire (Université Laval)
Andréane Moreau, étudiante à la maîtrise en architecture (Université Laval)
Simon Parent, étudiant à la double maîtrise en architecture et design urbain (Université Laval)
Camille Poirot, étudiante au certificat en communication publique (Université Laval)
Hubert Grenon, étudiant à la maîtrise en aménagement du territoire (Université Laval)
Florian Burkhard, étudiant à la double maîtrise en aménagement du territoire et design urbain (Université Laval)
Thomas Brady, étudiant au baccalauréat en génie des eaux (Université Laval)
François Trépanier-Huot, étudiant au baccalauréat en sociologie (Université Laval)
Noé de Wergifosse, étudiant au baccalauréat en biologie (Université Laval)
Michèle Dumas Paradis, diplômée d’un certificat d’aptitudes à la traduction (Université Laval),
administratrice du Conseil de quartier St-Roch (2018-2020), membre du Mouvement pour une ville Zéro-Déchet)
Jonathan Tedeschi, étudiant à la maîtrise en philosophie (Université Laval)
Gabrielle Vachon, étudiante à la maîtrise en affaires publiques (Université Laval)
Geneviève Dorval, diplômée de la maîtrise en anthropologie (Université de Montréal)
Anne Rufiange, diplômée en microbiologie (Université Laval) et professionnelle de recherche au CRCHUQ
Éloïse Gagné, étudiante au baccalauréat en environnements naturels et aménagés (Université Laval)
Sophie Connaughton, étudiante au baccalauréat en droit (Université Laval)
Anne Guay, diplômée au baccalauréat en travail social (Université du Québec à Chicoutimi)
Justin Houle, étudiant en génie des eaux (Université Laval)
Félix Beaulieu, étudiant au baccalauréat en études anciennes (Université Laval)
Hubert S. Fortin, diplômé à la maîtrise professionnelle en architecture (Université Laval)
Louis-Pierre Beaudry, étudiant au doctorat en sociologie (Université Laval)
Vincent Déragon, étudiant au baccalauréat en géographie (Université Laval)
Marie-Jeanne Allaire-Côté, diplômée à la maîtrise professionnelle en architecture (Université Laval)
Dariane Cantin, étudiante au baccalauréat en géographie (Université Laval)
Sarah-Jane Vincent, étudiante au baccalauréat intégré en philosophie et science politique (Université Laval)
Marianne Ruest, étudiante au baccalauréat en Physique (Université Laval)
Alexandre Gagnon, étudiant au baccalauréat en psychoéducation (Université du Québec à Trois-Rivières)
Emmanuelle Lefebvre, étudiante au baccalauréat en anthropologie (Université Laval)
Lou Smith, étudiant au baccalauréat en sociologie (Université Laval)
Ruthbec Laau-Trépanier, étudiante au baccalauréat intégré en affaires publiques et relations internationales (Université Laval)
Francheska Samson, étudiante au baccalauréat en psychologie (Université Laval)